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Musiques contemporaines XX & XXI

Musiques contemporaines XX & XXI

Chroniques de concerts,de festivals, d'événements, de livres, de disques et de DVD.

15 Septembre 2014

Open music au Royaumistan : l’Inde et le monde

Samedi 13 septembre 2014, L’inde et le monde : trois générations, trois visions : 15 h 30, 17h 30 et 20 h 45

 « Royaumont jubile ! », est la phrase choc pour marquer le cinquantenaire de la nouvelle saison de l’Abbaye cistercienne. Sauvée par la famille Groüin en 1905, celle-ci crée une Fondation en 1964 mais c’est depuis la venue de Francis Maréchal à la direction artistique en 1977 que l’Abbaye de Royaumont devient un des lieux essentiels de la vie musicale en Ile-de-France, et aujourd’hui, celle-ci rayonne à l’international. C’était avant la création de la Cité de la Musique. Francis Maréchal est à Royaumont, ce qu’est Laurent Bayle à la Philharmonie. En quelques années, l’Abbaye a multiplié les lieux pour faire de la musique en son sein, d’abord le Réfectoire des moines puis les Cuisines, en 1993 a été réhabilitée la Salle des charpentes, et enfin cette année, le Réfectoire des convers est ouvert. Cette saison, l’Abbaye fête en grande pompe son jubilé. Plus qu’un simple diffuseur, celle-ci s’est imposée comme producteur de concerts. Elle est une figure de proue du renouveau de la musique médiévale et ancienne, du baroque, de la musique contemporaine, de la danse mais elle est également un lieu d’échanges entre les musiques du monde. L’expérimentation est la clef du projet, les musiciens viennent travailler à Royaumont.

Ce samedi 13 septembre, illustre cette démarche de rencontre musicale. La journée était organisée par Frédéric Deval, le responsable du programme Musiques transculturelles. Deux ensembles sont invités, l’ensemble Caravaggio et le trio Aka Moon pour dialoguer avec des maîtres de la musique indienne..

Caravaggio  est animé par deux compositeurs Benjamin de La Fuente et Samuel Sighicelli, l’un et l’autre pratique l’improvisation. Le premier est violoniste et le second joue du synthétiseur et autres claviers. L’ensemble dialoguait en ce début d’après-midi, avec deux interprètes indiens  de Londres, le joueur de sarod, Soumik Datta et  aux tablas, Prabhu Edouard. Juste avant que débute le concert, Benjamin de La Fuente a pris la parole pour présenter les concepts musicaux qui les avaient guidés pendant les cinq jours de retraite à l’Abbaye : le bourdon, musique et matière, glissement et morphing. Puis, il précise son propos : « Ce n’est pas la fusion qui nous intéressent mais l’intervalle, l’entre-deux ». Comme on dit, fermer le ban, place au concert ! Très courtois, les deux interprètes indiens, n’ont pas soufflé mot, si ce n’est un léger sourire poli. Donc, la musique a commencé très « matière » mais chacun est resté sur son quant-à-soi durant le concert. Puis des duos, se sont succédé.  Le plus étrange des duos, fut l’incompréhension de Prabhu Edouard aux tablas avec son coreligionnaire musical,  Eric Echampard à la batterie. Il fallut attendre le bis final pour que la musique se libère ainsi le jeu du tabla s’harmonisait très bien avec la contrebasse de Bruno Chevillon. Miracle ! On était en présence d’un sextet d’open music.

Le deuxième concert du mitan de l’après-midi se déplace dans la nouvelle Salle des convers. Il confronte deux grandes traditions musicales, l’Inde et de l’Iran. Kaushal Das au sitar et Dariush Talai au tar sont côte à côte, ils s’observent, ils se hument. Lentement la mayonnaise prend, une conivence s’installe, tandis que Parimal Chakrabarty et Keyvan Chemirami, aux tablas et au zarb, observent avec gourmandise, le dialogue musical des grands maîtres. Le titre choisi, « rencontre au sommet » correspond exactement au sentiment qui nous ressentons durant le concert. Nous étions dans le Salon de musique de Satyajit Ray !

Après le repas indien, bien épicé comme il se doit, nous retournons dans la Salle des Convers. L’ambiance est toute autre, on a l’impression de descendre dans une cave de jazz enfumée pour écouter le trio Aka Moom et le grand maitre du mridangam, le  Dr. Umayalpuram Sivaraman. C’est une star de la percussion, et une icône de la musique carnatique de sud l’Inde. Sa présence irrigue le concert, il a quatre-vingt, et il conserve une juvénilité désarmante. Il faut son show ! Bon enfant, nous nous prêtons à ses facéties. On compte, cinq légers applaudissements puis deux la paume retournée, et rebelote, ainsi jusqu’à la fin de la musique. Le public jubilait, et en redemandait. On était près à finir la nuit au Royaumistan. Nous avions fait le tour du cadran des générations.

Open music au Royaumistan : l’Inde et le monde
Open music au Royaumistan : l’Inde et le monde
Open music au Royaumistan : l’Inde et le monde

Publié par Omer Corlaix à 10:48am

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