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Musiques contemporaines XX & XXI

Musiques contemporaines XX & XXI

Chroniques de concerts,de festivals, d'événements, de livres, de disques et de DVD.

9 Septembre 2014

Saison 2, le capital à l’œuvre. Sommes-nous joués ? "Le capital et son singe" à La Colline

Le capital et son singe à partir du texte Le Capital de Karl Marx mise en scène Sylvain Creuzevault coproduite par le Festival d’Automne et  La Colline, Théâtre national. La pièce se joue jusqu’au 12 octobre.

La pièce commence par un long monologue nous expliquant ce qu’est une allemande, une tirade distanciée, façon Brecht. Puis nous entrons dans le vif du sujet, les évènements de mai 1848 qui virent la chute du gouvernement Lamartine. Trois mois après la Révolution de février 1848, le Parlement sorti des urnes en avril est dominé par les Républicains modérés et les légitimistes, les socialistes sont moins d’une centaine. Nous sommes dans un club de socialistes réunissant Raspail, Louis Blanc, Ledru-Rollin, l’ouvrier Albert, et August Blanqui ainsi que d’autres figures inattendues comme Engels. La place des Ateliers nationaux dans l’économie vont être le détonateur d’un conflit majeur entre les socialistes et les Républicains modérés. Le Livre I du Capital est la figure centrale du spectacle, plus particulièrement la définition de la valeur d’usage opposée à la valeur d’échange. Ce débat aboutira à un dialogue contradictoire et intense entre deux entités, deux personnages fictifs, « Le Tissu » et « L’Habit », sur la mesure de la valeur. La pièce se déplace subrepticement dans le Berlin révolutionnaire durant la semaine sanglante de janvier 1919, qui vit l’écrasement des spartakistes par les sociaux-démocrates et l’assassinat de Rosa Luxembourg. Cette partie de la pièce est un miroir déformant de la Révolution de 1848. La pièce se termine sur le procès de Bourges de mars 1849,  sous la présidence de Louis Napoléon, lequel aboutit à la condamnation à de lourdes peines de prison des « meneurs » de la journée du 15 mai 1848.

Le capital et son singe est en résonance avec l’actualité française qui vit l’éviction lundi 25 août, d’Arnaud Montebourg, Ministre de l’économie du gouvernement d’Emmanuel Valls, puis deux jours plus tard la standing ovation faite au discours de ce dernier par les représentants du Medef réunis à Jouy-en-Josas. De plus, le supplément du Monde daté du 5 septembre, consacré au Festival d’Automne, titrait « Classe contre classe » en surimpression d’un portrait en pleine page à la façon « Groucho Marx ». Parallèlement, la sortie jeudi dernier, du livre de l’ancienne compagne du Président Hollande où celui-ci exprime son aversion soi-disant pour les pauvres qu’il qualifierait de « sans-dents ».

Les spectateurs sont divisés en deux groupes se faisant face. Dans l’entre-deux se trouvent la scène de plain-pied. Des tables scolaires forment un rectangle sur toute la longueur de la scène autour desquelles  les membres d’un club politique débattent de la situation mais on peut aussi y voir des comédiens réunis pour un « travail à la table », pour une lecture de déchiffrage du texte. Celui-ci est constitué de nombreuses citations extraites de livres ayant été recousues pour l’occasion. Malheureusement, la prononciation défaillante de certains acteurs ajoute une difficulté à la bonne compréhension d’un texte exigeant une écoute tendue du spectateur. Indéniablement, il y a de la part des acteurs une grande maitrise des concepts marxistes évoqués, parfois même tournés en dérision comme le magistral duo entre le « Tissu » et l’ «Habit » qui restera dans les annales théâtrales.

Paradoxalement, le pensée économique transmise dans cette pièce est d’un autre âge, et a peu de prise sur la réalité économique que nous connaissons. Par exemple, il est probable que la théorie des coûts de transaction de Ronald Coase - Prix Nobel d’économie, décédé en septembre 2013 - a plus de conséquences sur le quotidien de nos contemporains que la théorie de la valeur travail de Marx. Cette proposition théâtrale ne détrône aucunement la place qu’occupe dans notre esprit, le chef-d’œuvre de Michel Vinaver, Par-dessus bord. Pièce écrite à la fin des années soixante, c’est-à-dire à des années-lumière de notre crise.

A voir  :Michel Vinaver, Par-dessus bord dans la mise en scène de Christian Schiaretti. DVD. TNP Villeurbanne

Le capital et son singeLe capital et son singe

Le capital et son singe

Publié par Omer Corlaix à 17:09pm

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