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Musiques contemporaines XX & XXI

Musiques contemporaines XX & XXI

Chroniques de concerts,de festivals, d'événements, de livres, de disques et de DVD.

20 Octobre 2014

L’Amour à mort à l’opéra de Reims ! Que la tournée commence !

Samedi 18 octobre à 20 h à l’Opéra du Reims

Aurélie Fargues (Marianne), Julie Robard-Gendre (Hermia), Marc Scoffoni (Octave), François Rougier (Cœlio) Norman D. Patzke (Claudio), Carl Ghazarossian (Tibia), Xi Wang (L’Aubergiste), Tiago Matos (Le chanteur de sérénade), Jean-Vincent Biot (La Duègne). L’Orchestre de l’Opéra de Reims sous la direction de Claude Schnitzler. Mise en scène d’Oriol Tomas

A l’initiative de Raymond Duffaud, un vétéran de l’art lyrique à la française et du Centre Français de Promotion Lyrique, quinze maisons d’opéra ceux sont rassemblées pour produire et diffuser les quarante représentations françaises de l’opéra d’Henri Sauguet Les Caprices de Marianne. L’œuvre a été créée en juillet 1954 au Festival d’Aix-en-Provence. Elle est contemporaine de la création du Marteau sans maître de Pierre Boulez, sur la mode régnait Christian Dior. Henri Sauguet est né en 1901 avec le XXe siècle, Il avait vingt ans en 1921 quand il est entré dans la classe de Charles Koechlin. Claude Debussy était le compositeur moderne, celui qu’il fallait suivre.

Les Caprices de Marianne est le titre éponyme de la pièce d’Alfred de Musset. Il a vingt-trois ans quand la pièce est publiée en 1833 dans la Revue des Deux Mondes. Il est à la veille de sa relation tumultueuse avec George Sand. La même année, il publie Lorenzaccio puis l’année suivante On ne badine pas avec l‘amour et son roman autobiographique, La Confession d’un enfant du siècle en 1836. En trois ans tout est dit ! L’Octave des Caprices est-il celui de La Confession ?

Les Caprices de Marianne est un conte cruel qui aurait pu être inventé par Boccace. L’action se déroule à Naples. Cœlio est tombé amoureux à la vue de la jeune Marianne à la sortie d’un office religieux. Elle est mariée à Claudio, un homme plus âgé qu’elle. Son ami Octave se propose de lui servir d’entremetteur pour lui communiquer sa passion amoureuse. Claudio comprend ce qui se trame derrière lui, fou de jalousie il décide d’assassiner l’amant. Comme dirait le philosophe anglais Austin, « dire, c’est faire ». Octave est si « performatif » dans sa déclaration amoureuse par procuration que Marianne tombe amoureuse de lui. Celle-ci renonce à une silhouette très New-Look, au profit d’un robe mousseline tombante jusqu’au genou. Quiproquo, Marianne attend sous sa fenêtre Octave mais c’est Cœlio qui vient. Elle veut l’informer du guet-apens qu’il attend. Cœlio comprend qu’il n’est pas l’amoureux attendu, se croyant trahi par son ami, il se laisse poignarder. Octave est désespéré: « Je ne vous aime pas Marianne ; c’est Cœlio qui vous aimait ».

Magistralement orchestrée, la musique ne couvre jamais les chanteurs. Le ton est primesautier au début, c’est celui de la comédie, voire de l’opérette puis la deuxième partie devient plus sombre, elle tourne au vinaigre, elle devient une cruelle tragédie. La musique reste égale de bout en bout, dans une neutralité clinique qui surprend. On sent le compositeur de ballet ayant peur du vide mais ce propos doit être nuancé car il est également un incomparable mélodiste. La distribution vocale est impeccable de bout en bout, la prosodie française parfaite. On comprend le texte même dans les vocalises de Marianne, interprétée par la soprano Aurélie Fargues. François Rougier est un Cœlio tout en demi-teinte. Peut-être que l’on aurait aimé plus de contraste dans le rôle de d’Octave. Là, je fignole car il y a un esprit de troupe qui a soufflé vendredi soir sur la scène de l’Opéra de Reims rendant impossible l’idée de dissocier un chanteur d’un autre. Également, Les musiciens de l’Opéra de Reims ont donné samedi soir une belle prestation musicale sous la direction de Claude Schnitzler. La musique demande de la présence et de la couleur à chaque soliste de l’orchestre. Le rythme est toujours vif et ne relâche jamais l’attention de l’auditeur. Un décor unique très « Delvaux » de Patricia Ruel, magnifiquement éclairé par Etienne Boucher, figurant une anamorphose de la Galerie Umberto I de Naples, pouvant aussi faire office d’église. L’équipe rassemblée autour du metteur en scène canadien Oriol Tomas a résolu la quadrature du cercle, une mise en scène dans un décor adaptable aux contraintes de chacune des quinze maisons d’opéra partenaires.

A.FARGUES-N.D.PATZKE / M.SCOFFONI-A.FARGUES ©Alain Julien 081
A.FARGUES-N.D.PATZKE / M.SCOFFONI-A.FARGUES ©Alain Julien 081

A.FARGUES-N.D.PATZKE / M.SCOFFONI-A.FARGUES ©Alain Julien 081

Publié par Omer Corlaix à 15:59pm

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