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Musiques contemporaines XX & XXI

Musiques contemporaines XX & XXI

Chroniques de concerts,de festivals, d'événements, de livres, de disques et de DVD.

13 Novembre 2014

Ciné-Concert. La Grande guerre fait son cinéma

Le compositeur français Philipe Schoeller et la compositrice autrichienne Olga Neuwirth ont donné leur voix à deux chefs d’œuvre cinématographique, J’accuse d’Abel Gance pour le premier et Maudite soit la guerre du belge Alfred Machin pour la seconde.

Ciné-Concert

Salle Pleyel samedi 8 novembre 2014 à 20 h : Abel Gance, J’accuse sur une musique originale de Philippe Schoeller par l’orchestre Philharmonique de Radio France sous la direction de Frank Strobel

Cité de la musique, Amphithéâtre lundi 10 novembre 2014 à 20 h: Alfred Machin, Maudite soit la guerre sur une musique original d’Olga Neuwirth (A Film music war requiem) par l’Ensemble 2e2m sous la direction de Pierre Roullié. En complément de programme Marzena Komsta, Stelfer par l’Ensemble 2e2m sous la direction de Pierre Roullié

J’accuse d’Abel Gance présenté samedi soir à Paris est une nouvelle version restaurée du film par l’Eye Filmmuseum (Nederland Film Museum) qui possédait une version plus courte que la version originale mais colorée. Il a fallu l’intervention aussi de la Lobster Films qui possédait depuis 2006 la version longue dont les droits ont été cédés par Nelly Kaplan. C’est un travail d’archéologue qui a été entrepris puisque plusieurs versions du film ont été utilisées dont une provenant la Cinémathèque tchèque. Cette nouvelle version fait deux heures quarante-six minutes. Le film a été réalisé en 1919 par Abel Gance soit un an après l’armistice de la Grande Guerre. Pour notre Griffith français, il fallait un compositeur ayant le souffle épique. Le compositeur des Cinq Totems, Philippe Schoeller s’est imposé naturellement. Il aime l’orchestre, il a un côté mégalo qui pousse à relever ce type de défi.

Le drame intime qui forme le noyau du film ressemble à une tragédie racinienne. Le poète Jean Diaz aime Edith Laurin marié à François qu’elle n’aime plus. Lui, il préfère la chasse et ses chiens à la compagnie des hommes. C’est un sanguin, il est jaloux et irascible. Ce drame conjugale romantico-bourgeois va prendre sa forme avec la Grande guerre qui verra un million quatre cent mille français mourir sur les champs de bataille. François par un étrange hasard va se retrouver sous les ordres de Jean. Une fraternité des armes va naître entre eux. Philippe Schoeller prendra le partie de composer un long lamento dominé par une puissante trame de cordes (violons, altos, violoncelles et contrebasses) emportant tout sur son passage comme un fleuve irrésistible interrompue par des danses allant du dionysiaque au début à une mascarade endiablée à la fin. Là, l’orchestre porte l’image, la pousse dans ses extrêmes, la percussion domine avec les cuivres. La troisième partie du film, le drame intime laisse place à la guerre dans toute son horreur, et à cette grandiose levée en masse des morts-vivant nous pointant du doigt. Scène macabre et hystérique qui sera souvent reprise dans les films d’horreur. L’orchestre est plus présent avec son chœur invisible, il devient un acteur à part entière de l’image. L’électronique de l’Ircam est discrète, Elle est au service des transitions. Cette soirée en présence du premier ministre était le point d’orgue des cérémonies du Centenaire de la Première guerre mondiale.

Lundi soir à l’Amphithéâtre de la Cité de la musique, la soirée est plus intime mais non moins passionnante par la découverte du film du cinéaste belge, Alfred Machin, Maudite soit la guerre. Réalisé en 1914 au tout début des hostilités, le film est un bon documentaire sur les débuts de la guerre. Ce film a aussi été restauré par l’Eye Filmmuseum d’ Amsterdam. Il est également coloré et accompagné d’une musique réalisée par la compositrice autrichienne Olga Neuwirth, une musicienne au tempérament de feu. La durée est moindre, quarante-trois minutes. Le scénario raconte les débuts d’un flirt entre un officier de l’aviation allemande venu faire un stage en Belgique et une jeune fille de très bonne famille dont le frère abattra l’avion de celui-ci mais qui le tuera ! Olga Neuwirth est un redoutable sophiste du son, l’épique ne l’intéresse aucunement, elle traque à chaque instant les faux semblants, les faux pas de l’image. Son approche est clinique non sans un humour froid. Si elle croit à la sincérité des personnages du film, elle montre qu’ils sont broyés par l’institution militaire à l’héroïsme de pacotille. Si sa musique est globalement spectrale d’allure, elle évolue parfois à la frontière du free jazz. Elle est truffée de citations provocant chez l’auditeur des sourires entendus, une distance salutaire tout en donnant un parfum un peu désuet aux images d’Alfred Machin. Les neuf musiciens de l’Ensemble 2e2m sous la direction de Pierre Roullié deviennent eux aussi des acteurs à part entière du film. En ouverture du concert on pouvait entendre Stelfer, une œuvre de la compositrice polonaise Marzena Komsta.

Ciné-Concert. La Grande guerre fait son cinéma
Ciné-Concert. La Grande guerre fait son cinéma

Publié par Omer Corlaix à 17:50pm

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