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Musiques contemporaines XX & XXI

Musiques contemporaines XX & XXI

Chroniques de concerts,de festivals, d'événements, de livres, de disques et de DVD.

2 Décembre 2014

Aux frontières de la musique contemporaine.

Théâtre des Amandiers vendredi 28 novembre à 21 h, Requiemmachine d'après les poèmes de Władisław Broniewski mise en scène Marta Górnicka

Centre Georges Pompidou, Grande salle, samedi 29 novembre, à partir de 19 h. Phill Niblock, The movement of people working

Le Théâtre des Amandiers de Nanterre et le Centre Georges Pompidou proposaient ce week-end deux approches expérimentales de l’art musical d’aujourd’hui. La première nous vient de Pologne, Requiemachine pour chœur a été conçue par Marta Gornicka à partir de texte du poète polonais Władisław Broniewski, la seconde proposition The Movement of people working de Phil Niblock mêle vidéo et musique électronique minimaliste. Les deux œuvres interrogent le travail. Question cruciale dans un pays, la France, qui de jour en jour voit l’emploi industriel fondre comme neige au soleil.

Une longue colonne constituée d’hommes et de femmes arrive en rang serré par deux à petite foulée dans la salle, les acteurs prennent places sur les praticables face au public, la chef, Marta Górnicka, est debout dans la salle avec les spectateurs. Le chœur va scander, marteler, proférer de manière mécanique le texte du poète Władisław Broniewski qui se qualifiait de « polonais, catholique et alcoolique ». Il naît en 1897 dans une Pologne ayant été déchue de son titre de nation aux profits des russes, des allemands et des austro-hongrois. Il sera de tous les combats du XXe siècle pour la renaissance de sa patrie. Il meurt en 1962 à Varsovie dans une Pologne sous la tutelle du grand frère russe. Il ne connaîtra pas la fin de l’Union soviétique et l’indépendance retrouvée de son pays. Il y a du Simone Weil dans sa dénonciation de la condition ouvrière mais ne vaut-il pas mieux en final s’abrutir au travail mécanisé et répétitif que de se retrouver sans emploi, au chômage. La présence des corps butés face à nous est saisissante, Requiemmachine est un gospel polonais mais sans une seule note « bleue ».

Phill Niblock (*1933) est une personnalité reconnue dans le monde underground de la musique expérimentale. Son œuvre se rattache à l’art « intermédia ». Économiste au départ, il s’oriente vers la photographie, le cinéma documentaire et le musique expérimentale. The movement of people working est constituée d’une série de plusieurs films tournée en 16 mn entre 1976 et 2010 soit plus de 25 heures projetés simultanément sur trois écrans. Les images ont été réalisées aux quatre du monde du Brésil à l’Antarctique en passant par l’Asie. Il montre de manière neutre, presque clinique les travailleurs à l'ouvrage. C’est un monde de petits métiers allant du cultivateur au pêcheur en passant par l’artisan, la dextérité des mains aux prises avec la matière ou d'un outil s’impose à l’écran. La beauté des images est confrontée à une musique radicale, sans concession et sans état d’âme. Celle-ci commence doucement par accord complexe inharmonique tenu par un musicien, ce soir Kasper T Toeplitz à la guitare basse et Deborah Walker au violoncelle, puis Phill Niblock prend la main. Il densifie la musique sur son ordinateur, il la pousse jusqu'à, la saturation, laissant ainsi apparaître des phénomènes acoustiques de battement. La puissance en décibel ne cesse de grimper, les pistes sonores s'empilent les unes sur les autres jusqu'à l'apparition d'un mur de son. C'est une musique très statique, processuelle, faisait contraste avec l’hyper activité des travailleurs toujours affairés. Quand le cluster est totalement saturée, la musique semble s’échapper puis après ce climax, Phill Niblock relâche la tension sonore jusqu’au silence. Chaque œuvre durait entre une demi-heure et quarante minutes. Au bout de deux heures d'écoute, j’ai décroché physiquement, je n’entendais plus rien, j'étais épuisé par le volume des décibels, Certaine des performances de Phill Niblock peuvent durer plusieurs heures.

En sortant de ces deux spectacles, il me revenait à l'esprit cd vers de Pavese, « Travail fatigue, la mort viendra et aura tes yeux,.. ».

Publié par Omer Corlaix à 14:12pm

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