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Musiques contemporaines XX & XXI

Musiques contemporaines XX & XXI

Chroniques de concerts,de festivals, d'événements, de livres, de disques et de DVD.

4 Décembre 2014

Le Petit Prince rayonne en son royaume de Lille !

Le Petit Prince rayonne en son royaume de Lille !

Le Petit prince, musique et livret de Michaël Levinas, d'après Le Petit Prince d’Antoine de Saint-Exupéry. Création française

Opéra de Lille, mercredi 3 décembre 2014 à 18 h

Le Petit Prince : Jeanne Crousaud ; L’Aviateur : Vincent Lièvre-Picard ; La Rose : Catherine Trottmann ; Le Renard et Le Serpent : Rodrigo Ferreira ; Le Vaniteux, Le Financier, Le Géographe : Benoît Capt ; Le Roi, L’Ivrogne, L’Allumeur de réverbères et L’Aiguilleur : Alexandre Diakoff ; La Rose multiple : Céline Soudain

L’Orchestre de Picardie sous la direction musicale de Arie van Beek ; mise en scène : Lilo Baur ; décors et costumes : Julian Crouch ; Lumières Fabrice : Kebour ; Design vidéo : Arthur Touchais et Grégory Casares, tolmao.ch ; réalisation informatique musicale : Augustin Muller.

Il est loin le temps où l’on disait que la musique spectrale était inapte au chant. La compositrice finlandaise Kaija Saariaho, les compositeurs français, Marc-André Dalbavie et Michael Levinas ont démenti cette thèse. Pour Michaël Levinas qui est notre sujet, la réponse est venue par ses quatre créations lyriques, Gogol (1996), Les nègres (2003), La Métamorphose (2011) et cette année Le Petit Prince. La première mondiale a eu lieu mercredi 5 novembre à l’Opéra de Lausanne. L’Opéra de Lille qui sous la direction de Caroline Sonrer a pour vocation de présenter chaque saison plusieurs opéras contemporains, elle se devait de coproduire Le Petit Prince de Michaël Levinas. C’est maintenant un habitué des lieux, la réussite de La Métamorphose en 2011 démontrait suffisamment sa capacité à mener de front le livret et la musique. Le conte de Saint-Exupéry trouva sa forme durant le second conflit mondial, elle est aujourd’hui une des rares œuvres françaises pour « jeune publique » ayant réussi à devenir aussi célèbre dans le monde que le sont, les albums de Tintin. Cette œuvre incarne le droit universel de l’enfant à questionner le monde des adultes. Est-ce un livre qui s’adresse seulement aux enfants, non, c’est aussi un « roman d’apprentissage » que réveille dans chaque adulte, le moment des commencements, où tout est question. Relire Le Petit Prince, c’est retrouver ce merveilleux de l’enfance. Si l’opéra de Michaël Levinas n’avait eu que pour seul objectif d’amener les adultes à relire cette œuvre qui pourrait s’en plaindre ! Mais, il est allé beaucoup plus loin, il a composé un chef-d’œuvre qui devrait très vite s’imposer sur les scènes lyriques. Michaël Levinas est son propre dramaturge. Il maintient cet équilibre instable entre la comédie des questions et la tragédie enfantine, celle de perdre sa rose à quatre épines. Elle lui mène la vie dure, elle a des exigences avec son accent british, un peu pimbêche, interprété avec caractère par la mezzo-soprano Catherine Trottmann mais c’est sa rose. Il y a dans le personnage de celle-ci de la Winnie d’Oh les beaux jours de Samuel Beckett. C’est un festival de voix que nous propose cette œuvre, chaque personnage est dans sa peau, parfaitement ciselé musicalement ainsi le contre-ténor Rodrigo-Ferreira est à l’aise dans tous les registres de sa voix, il incarne le Serpent à la perversité onctueusement assumée mais également le Renard philosophant dont Michaël Levinas compose un des plus beaux airs de son opéra sous-tendu par le chant voilée du cor. De même, l’aria baroquisant à la française du Géographe interprété par le baryton genevois, Benoît Capt au timbre clair et à l’articulation précise est un pastiche plus vrai que nature. La scène orchestrale de l’aiguilleur des chemins de fer exige du baryton-basse, Virgile Ancely de l’abattage et du panache car le temps sur scène lui est compté ! Mais les dieux de la scène lui sont favorables car il incarne également, le Monarque sans sujet, l’Ivrogne habillé d’une robe embouteillée et l’Allumeur de réverbères condamné aux cadences infernales des nuits et des jours. Michaël Levinas a une mémoire impressionnante tant du répertoire classique que moderne ainsi par exemple, il se réapproprie en un tour de mains Noces d’Igor Stravinsky. Si l’orchestre mozartien est le fond de sauce de son opéra, il est renforcé par un piano et un clavier midi nous donnant l’impression parfois d’être en présence de sonorités caoutchouteuses se dilatant ou se contractant en un quart de tour. L’invention instrumental est sans limite ainsi il peut filtrer le son d’un trombone par celui d'une trompette ou vis-versa.

La soprano Jeanne Crousaud domine haut la main, elle a la naïveté enfantine, une voix angélique mais sûre d’elle-même quand elle pose les questions à l’aviateur interprété par le ténor Vincent Lièvre-Picard saisi d’empathie pour cet énigmatique « petit bonhomme ». La mise en scène, le décor, les lumières, la vidéo et les costumes concourent à la réussite artistique de cet opéra qui s’adresse aussi bien aux enfants qu’aux adultes. Le Petit Prince de Michaël Levinas est l’opéra idéal de fin d’année pour sa bonne humeur communicative. C'est une œuvre qui fera date !

Le Petit Prince rayonne en son royaume de Lille !

Publié par Omer Corlaix à 19:22pm

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