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Musiques contemporaines XX & XXI

Musiques contemporaines XX & XXI

Chroniques de concerts,de festivals, d'événements, de livres, de disques et de DVD.

10 Février 2015

Présences un quart de siècle plus tard !

Présences un quart de siècle plus tard !

Festival Présences 2015 – 25e édition

Vendredi 6 février à l’Auditorium de Radio France 20 h

Conlon Nancarrow (1912-1997), Pièces n° 2 pour petit orchestre ; Richard Dubugnon (*1968), Concerto sacra pour hautbois et orchestre, op. 67 (cr-cRF) ; Esteban Benzecry (*1970), Concerto pour violoncelle (cr-cRF) ; Darwin Aquinno (*1970), Espacio ritual (cf) ; Evencio Castellanos (1915-1984)

Par Olivier Doise (hautbois), Gaultier Capuçon (violoncelle), Orchestre Philharmonique de Radio France dirigé par Manuel Lopez-Gomez

Samedi 7 février au Studio 104 à 20 h

Michael Gordon (*1966), Cold ; Benjamin de la Fuente (*1969), One Fire pour comédienne, piano, orchestre et orgue électronique sur des discours de Malcolm X (cm-cRF) ; Elliott Carter, What Are Years pour soprano et ensemble de chambre ; Luis-Fernando Rizo-Salom, Fabulas sobre Fabrica de Fabulas

Piera Formenti (récitante), Sarah Joanne Davis (soprano), Wilhem Latchoumia (piano), Orchestre Philharmonique de Radio France dirigé par Joshua Dos Santos

cr = création mondiale

cRF = commande de Radio France

cf = création française

La vingt-cinquième édition du Festival Présences s’est ouverte vendredi 6 février 2015 à 20 h dans le nouvel Auditorium de Radio France. Une heure avant un petit cocktail était organisé dans une salle du quatrième étage de la « maison ronde » où nous étions conviés avec quelques journalistes. Le président Mathieu Gallet étant absent parce que retenu pour une réunion d’urgence au Ministère de la culture et de la communication, Jean-Pierre Rousseau, le directeur de la musique à Radio France fit une courte intervention qui fut ponctuée par des remarques de Claude Samuel, le créateur du Festival en 1991. Ce dernier nous expliqua pourquoi il avait voulu la gratuité des places en créant le Festival Présences de Radio France après son expérience de directeur artistique au Festival de Royan de 1964 à 1972. Il voulait surtout décloisonner la musique contemporaine en ouvrant grand les portes. Ce fut un franc succès, la Maison de la Radio était envahie par le public et les compositeurs venaient écouter leur confrères. Les concerts étaient pleins à craquer, un sentiment de fête traversait les lieux. Certes, en 1995, Benoît Duteutre (*1960) publia un méchant pamphlet Requiem pour une avant-garde qui fit du bruit. Présent au cocktail, il rappela à Claude Samuel qu’il fut un des premiers stagiaires du Centre Acanthes en Avignon. L’ambiance changea avec l’arrivée de René Koering à la tête de la Direction de la musique, il nomma René Bosc qui prit en charge la direction du Festival de 2002 à 2011. Ce fut une période de franche réaction. Une nouvelle génération de compositeur fut promue à coup de commande d’orchestre comme Pascal Zavaro, Richard Dubugnon, Karol Beffa et Guillaume Connesson. L’ambiance était chaude. La musique contemporaine était scindée en deux univers. D’un côté, la musique d’orchestre était contrôlée par Radio France, l’Orchestre de Paris tandis que Musique nouvelle en liberté supervisait les commandes des orchestres en région. De l’autre, la musique contemporaine réalisée par les ensembles spécialisés et les centres de créations, était marginalisée mais poursuivait vaille que vaille son bonhomme de chemin. La musique contemporaine a survécu grâce à son économie drastique car la musique d’orchestre ça coûte très chère !

Aujourd’hui, certes il y a un status quo mais l’ambiance est la même, la musique contemporaine est toujours scindée en deux camps comme l’illustrait ce premier week-end du Festival Présences. La soirée officielle, toutes les huiles sont là. Elle était consacrée aux « néos » ainsi que l’illustrait la première œuvre d’ouverture Concerto sacra pour hautbois et orchestre du compositeur helvético-français Richard Dubugnon. Ce dernier connait très bien l’orchestre et sa hiérarchie ainsi toute l’innovation instrumentale fut reportée sur le hautboïste, Olivier Doise qui usa de sons multiphoniques dans ses parties solistes. C’est un concerto sur mesure, la référence au chant grégorien lui a été soufflée par Olivier Doise, grand amateur de cette tradition liturgique. Constitué de huit sections évoquant les heures. Chaque section s’ouvre sur une un carillon fait de cloches tubulaires ou de crotales accompagné du hautbois, cela évoque les lettres enluminées des vieux antiphonaires médiévaux. La musique se déroule selon une forme en arche forme en arche, ABA’. Contrairement à son habitude au tutti d’orchestre, Richard Dubugnon préfère mettre en valeur les différents pupitres de celui-ci. On aurait aimé plus de surprise et d’étonnement du côté de la matière orchestrale mise en jeu. La volonté de cohérence harmonique créée un carcan qui nous laisse sur notre faim. C’est dommage car c’est un compositeur qui sait aussi apprécier la musique d’un Helmut Lachenmann. La deuxième œuvre au programme est également un concerto mais pour violoncelle. L’argentin Esteban Benzecry est dans la thématique de cette édition, « Les deux Amériques ». Cette édition 2015 fait écho avec à la première édition du Festival Présentes qui avait pour thème la musique de l’Amérique du Nord, de George Antheil à John Adams. L’Amérique latine et celle du Nord sont à l’honneur de cette nouvelle édition. Dans le concerto Esteban Benzecry, la part belle est laissée au soliste, ici le violoncelliste Gaultier Capuçon. Il est omniprésent. Le concerto ne se développe pas sur le mode du conflit orchestre-soliste, le soliste est un personnage solitaire traversant des mondes sonores très différenciés. Si la musique d’Esteban Benzecry se ressource dans les racines populaires amérindiennes son fond de sauce est contemporain. Il appartient à une génération de compositeur maitrisant toutes les formes écritures du pentatonique au spectralisme. Il se rapproche de l’hétérogénéité d’un compositeur comme Olivier Messiaen. Bien sûr, cela nous vaut quelques sourires entendus de la part des musiciens du Philharmonique. De la note la plus grave du violoncelle au début jusqu’à la note finale du concerto, Gaultier Capuçon est sollicité à chaque instant. Ce fut le moment fort de ce concert. Les deux œuvres suivantes, celles de Darwin Aquino et de Evencio Castellanos, étaient fortement colorées, c’est le moins que l’on puisse dire. Elles ne lésinaient pas sur les rythmes endiablées et les décibels. C’était le moment de bravoure du directeur musical, Manuel Lopez-Gomez. La soirée s’est ouverte avec la Pièce n° 2 de Conlon Nancarrow elle présentait un contrepoint spécialisé entre les pupitres (bois et vent) et les deux pianos. Il y avait du cactus dans l’air !

Le lendemain au Studio 104. Exit, Olivier Messiaen ! L’ancien nom évoque les concerts du temps de l’errance de Radio France au 104. L’ambiance est autre que la veille, les huiles et la majorité des critiques ont disparues. Une atmosphère plus underground plane sur le concert. C’est l’esprit de la musique des ensembles de musique contemporaine qui est au centre de cette soirée mais avec toujours l’Orchestre Philharmonique. Le concert s’inscrit dans la thématique des Deux Amériques. Le concert débuta par une œuvre minimaliste Cold de Michael Gordon, si le début avec les « bois » m’a intéressé, la partie avec les pupitres de corde de l’orchestre m’a semblé tomber dans les travers habituels de la musique répétitive. La deuxième œuvre au programme était très attendue. Violoniste improvisateur, Benjamin de la Fuente, s’est également imposé comme une des personnalités importantes de la musique contemporaine. One Fire pour comédienne, piano et orchestre. Le texte récité est un vrai brûlot dans notre contexte politique français d’aujourd’hui. Malcom X (1925-1965) est avec Martin Luther King, l’autre figure essentielle du mouvement pour les droits civiques des noirs aux USA. Personnalité charismatique et orateur brillant, il a engagé un tournant radical en invoquant les racines africaines et musulman dans sa lutte pour l’émancipation des noirs américains. Une femme survoltée, Piera Formenti, deux micros, des mots qui claquent à chaque instant, une musique concassée et furieuse, portée aux extrêmes. On dit que les compositeurs sont hors-jeu politiquement, là, Benjamin de la Fuente est au cœur de l’actualité. Les voies de l’émancipation sont souvent iconoclastes et rarement pavées de bon sentiment. Le titre et la musique ne sont pas sans rappeler l’incandescence du brûlot de James Baldwin, La prochaine fois, le feu, contemporain de Malcom X. La troisième œuvre au programme est un hommage à une des grandes figures de l’Amérique du Nord, Elliott Carter (1908-2012) qui concilia le sérialisme et Stravinsky. What Are Years est un cycle de mélodies sur des poèmes de la poétesse Marianne Moore (1887-1972). Il existe une édition complète de sa poésie aux éditions Corti. Elliott Carter choisit toujours des poètes à l’écriture réaliste mais très concises, à la limite de l’épure. Il y a une économie du dire qui se retrouve dans la pointe sèche de sa musique. Ainsi le deuxième poème, The Harp You Play So Well accompagné par une harpe et un violoncelle offre une musique encore plus laconique que le poème lui-même. La voix de la soprano Sarah Joanne Davis relève le défit des grands écarts qu’impose, Carter à la voix chantée. Il faut pour la chanteuse trouver le lyrisme par delà la tension. Ce concert se terminait par un hommage au compositeur colombien Luis-Fernando Rizo-Salom décédé en 2013 dans un accident de deltaplane. Le chef vénézuélien Joshua Dos Santos avait quelques défis à relever entre le minimalisme de Michael Gordon et la musique excessive de Benjamin de la Fuente et Luis-Fernando Rizo-Salom en passant par la méticulosité sans filet d’Elliott Carter, et un orchestre qui ne lui était pas familier, il y parvint avec élégance et lyrisme

Présences un quart de siècle plus tard !
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Publié par Omer Corlaix à 15:21pm

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