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Musiques contemporaines XX & XXI

Musiques contemporaines XX & XXI

Chroniques de concerts,de festivals, d'événements, de livres, de disques et de DVD.

8 Novembre 2016

Premier meurtre, "jeu de rôle" à l'Opéra de Lille

Gabriel, Misère et Hyppolite cop. Philippe Gosselin
Gabriel, Misère et Hyppolite cop. Philippe Gosselin

Gabriel, Misère et Hyppolite cop. Philippe Gosselin

Le Premier Meurtre

Opéra d’Arthur Lavandier (né en 1987), livret de Federico Flamminio

Direction artistique et musicale Maxime Pascal

Mise en scène, scénographie Ted Huffman

Costumes Pascale Lavandier et Clémence Pernoud

Lumières : Joseph Malcolm Ripperth

L’ensemble Le Balcon, projection sonore Florent Derex

Gabriel Vincent Le Texier, Emma Léa Trommenschlager, Hippolyte Taeill Kim, L’Autre Vincent Vantyghem, Misère Elise Chauvin, Herman Manuel Nuñez-Camelino, Aleksandr Damien Bigourdan

Ce soir Mardi 8 novembre et demain 9 novembre à 20 h, l'opéra est un art cruel... Trois représentation en tout pour le moment.

La question du sens est au cœur de l’opéra contemporain, elle est illustrée physiquement par la présence de surtitre projeté au-dessus de la scène obligeant l’œil de l’auditeur à naviguer de haut en bas et vice-versa. La voix lyrique fait écran au texte du livret. C’est le mur du son de l’opéra contemporain, la quadrature du cercle à résoudre. Peu de compositeurs parviennent  à résoudre le problème.  Arthur Lavandier et son librettiste, Federico Flamminio ont pris le sujet à bras le corps avec leur metteur en scène et scénographe, Ted Huffman à l’Opéra de Lille.  Le Premier meurtre nous projette dans un XIXème siècle imaginaire, un dramaturge Gabriel doit écrire une pièce de théâtre. L’écriture de celle-ci est au cœur du processus du déroulement  de l’opéra. Le réel, la page blanche et le plateau ne font qu’un. Le dedans et le dehors, la scène et  le hors-scène se mettent en mouvement. Un meurtre semble être le moteur du drame, mais nous n’allons pas  « spoiler » l’histoire, ni dévoiler ses méandres. Nous sommes des postmodernes, nous ne croyons plus à grand-chose.  Il faut de la ruse, de l’habileté pour nous convaincre, ainsi le livret comme la musique, trouvent leur juste équilibre, l’un ne nuisant pas à l’autre. Si la musique est très matiériste dans ses jeux de textures, la voix chantée s’impose naturellement sur le plateau.

Si au début, un vertige nous saisit, très vite le librettiste et le compositeur focalisent notre attention sur l’enchainement des évènements. Comme si nous étions les spectateurs d’une partie d’échecs, nous accompagnons le déplacement des pièces, les unes à la suite des autres, sans perdre le fil de la narration. C’est-là que se trouve le miracle de cet opéra, certes nous percevons bien une brillante réflexion sur la notion de « premier meurtre » au cœur de l’opéra comme de la vie.  L’Euridice de Peri et L’Orfeo de Monteverdi nous avaient déjà mis sur la piste de celui-ci, mais Arthur Lavandier  et Federico Flamminio  parviennent à renouveler cela. La mise en scène de Ted Huffman n’ajoute pas une énième lecture, tout au contraire elle rend palpable le drame, nous ramène au déroulé de l’histoire. Sombre histoire faite de brèves lumières. Les musiciens du Balcon, sous la direction de Maxime Pascal, sont aussi des protagonistes de drame, la musique circule de la scène à la fosse pour, parfois, se fondre dans la salle. La sonorisation, la projection sonore de Florent Derex accentue la présence des musiciens comme des chanteurs. L’interprétation de Gabriel par Vincent Le Texier est puissante, son duo avec Hyppolite, interprété par le baryton Taeill Kim, est un des moments forts de l’opéra, tout comme son ultime échange avec sa compagne Emma, la mezzo-soprano, Léa Trommenschlager.  Il y a des seconds rôles, ainsi Misère, interprété par la soprano Élise Chauvin, contrebalance avec justesse une présence masculine qui pourrait être ressentie comme étouffante.  Bien évidemment, on se pose la même question que le rédacteur du synopsis du programme « mais qui est donc l’Autre », interprété par le baryton Vincent Vantyghem, un autre « Vincent » ? Il y a Hermann et Aleksandr, les Dupont/d de l’opéra, les lutins du drame, des feux follets, des virgules… Là, où Luciano Berio s’était pris les pieds dans le tapis du mélodrame verdien avec sa célèbre Vera storia, Arthur Lavandier, réalise un jeu de rôle lyrique tout en finesse, nous rappelant ainsi que l’opéra a encore des choses à nous chanter.

Publié par Omer Corlaix à 17:33pm

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