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Musiques contemporaines XX & XXI

Musiques contemporaines XX & XXI

Chroniques de concerts,de festivals, d'événements, de livres, de disques et de DVD.

10 Juillet 2015

France culture et France musique sur le grille de l'été

France culture et France musique sur le grille de l'été

Olivier Poivre d'Arvor " limogé " de France Culture

Le PDG de Radio France, Mathieu Gallet, a choisi de se séparer du directeur de la station, en poste depuis 2010

Dans un entretien à Télé Obs du 16  mai, " OPDA " avait ainsi estimé que Radio France avait " besoin de souffle ", ajoutant qu'" on ne pouvait entraîner personne avec un projet construit uniquement sur une logique budgétaire et comptable ".

Une attaque à peine voilée contre le PDG de Radio France au sortir d'une longue grève dont l'un des motifs était justement les coupes budgétaires prévues par la direction de la radio publique.

" On ne peut pas fonctionner ainsi, persiste aujourd'hui Olivier Poivre d'Arvor. J'avais refusé certaines baisses de moyens car cela affectait la création, la fiction et donc la qualité de l'antenne. "

Un autre entretien, qui avait été donné à l'AFP le 26  juin et dans lequel M. Poivre d'Arvor annonçait le lancement d'une opération baptisée " A l'école des créateurs " et pour laquelle il avait rencontré François Hollande, Manuel Valls et Najat Vallaud-Balkacem, avait aussi déplu à la présidence de Radio France.

Défiance

Les premières tensions entre Mathieu Gallet et le directeur de France Culture semblent remonter à  août  2014, alors que la matinale de la station envisageait de se délocaliser à Gaza en Palestine. " J'ai dû me battre pour qu'on puisse le faire car je reste persuadé que France Culture doit continuer à sortir de ses murs ", explique M. Poivre d'Arvor.

La grève de vingt-huit jours, en mars et avril, la plus longue jamais vécue par la " Maison ronde ", accentuera la défiance entre les deux hommes. La forte mobilisation des équipes de France Culture et la présence de M. Poivre d'Arvor dans des assemblées générales ont été, selon lui, mal vécues par la présidence du groupe.

" J'ai toujours été loyal, se défend M. Poivre d'Arvor. Mais il est vrai que je n'ai pas montré d'enthousiasme dans cette après-grève. Je pense qu'on ne peut pas toujours stigmatiser l'attitude de la tutelle, sans être capable de faire notre propre autocritique. "

L'élaboration de la nouvelle grille des programmes et l'incertitude quant au sort de plusieurs producteurs, dont Philippe Meyer (" L'Esprit public "), a fini de sceller le divorce entre M.  Poivre d'Arvor et sa direction : " Je me suis opposé à la suppression de certaines émissions. Je suis d'accord pour rénover mais il y a des limites. Il y a une vraie insécurité professionnelle et éditoriale à Radio France. "

Arrivé en septembre  2010 en remplacement de Bruno Patino, M.  Poivre d'Arvor part sur un bon bilan d'audience. En cinq ans, France Culture est passée de 1,5  % de part d'audience à 2,3  %, selon la dernière mesure pour la période janvier-mars. Pourquoi alors ne pas le renouveler à son poste ? Dans l'entourage de la présidence, on reconnaît certes un " bilan formidable ", mais on pointe un " problème de confiance " vis-à-vis d'un directeur qui a postulé ces derniers mois à de nombreux postes (Centre Pompidou, La Villette…). " Il s'inscrit dans une logique de départ permanente ", dit-on. En interne, on rappelle aussi que M. Poivre d'Arvor a espéré obtenir France Médias Monde, dans l'hypothèse où Marie-Christine Saragosse serait nommée à France Télévisions… " OPDA a cherché à se caser ailleurs avant la fin de son détachement, mais il n'y est pas parvenu ", interprète un journaliste.

Reste que ce départ souligne les tensions persistantes au sein de Radio France, trois mois après la fin d'une grève historique. Les relations entre Mathieu Gallet et sa ministre de tutelle, Fleur Pellerin, restent polaires.

" Le dialogue à Radio France est-il ouvert et constructif ? ", a ainsi demandé un journaliste à la ministre de la culture, mercredi. " Le dialogue est ouvert ", répond-elle. Ce président ne lui convient pas, mais, officiellement, elle fait avec, et " pense d'abord à l'intérêt de l'entreprise et des salariés ". Un climat de défiance que M. Poivre d'Arvor juge nuisible à la bonne marche de la maison. " Je ne comprends pas pourquoi M. Gallet ne cherche pas à avoir un rapport plus sain et apaisé avec sa tutelle ", dit-il.

L'autre directrice de chaîne à avoir marqué sa différence, Marie-Pierre de Surville (France Musique) va changer de fonction. Dans un communiqué diffusé vendredi, M.  Gallet a  annoncé son remplacement par Marc Voinchet, l'actuel matinalier de France Culture. Mme de Surville se voit confier " une mission de préfiguration visant à créer une direction chargée de la création musicale et culturelle et de la programmation de la Maison de la radio. "

Guillaume Fraissard, et Alexis Delcambre

© Le Monde

Publié par Omer Corlaix à 08:26am - Voir le commentaire ()

6 Juillet 2015

Jameux encore et toujours

Jameux encore et toujours

Dominique Jameux sera incinéré mercredi 8 juillet à 13 h au cimetière du Père-Lachaise (Paris 20e). Il ne souhaite ni fleurs ni couronnes.

La voix de Dominique Jameux ne se fera plus entendre

Le Monde.fr | 06.07.2015 à 11h18 | Par Renaud Machart

Dominique Jameux, connu pour ses émissions sur France Musique et pour ses ouvrages consacrés à la musique classique, est mort des suites d’un cancer du pancréas le 2 juillet 2015, à Paris, à l’âge de 76 ans. Il était l’une des voix emblématiques de la chaîne publique, l’un des hérauts d’une émission mythique, « Le Matin des musiciens », et avait reçu en 1994 le prix de la Société civile des auteurs multimedia (Scam) pour l’ensemble de son œuvre radiophonique.

Né le 24 décembre 1939 à Vichy (Allier), Dominique Jameux vit ses années d’enfance à Clermont-Ferrand, dans le Puy-de-Dôme. Encore adolescent, il rencontre le pianiste Aldo Ciccolini qui comptera beaucoup dans sa formation. Il fait des études musicales (piano, harmonie, analyse, histoire de la musique) et universitaires (histoire de l’art, sociologie).

Dominique Jameux est vite attiré par l’avant-garde musicale et s’intéresse en particulier à Pierre Boulez, une figure qui comptera aussi beaucoup dans son parcours musical et intellectuel. Il fonde et dirige la revue trimestrielle « Musique en jeu » (1970-1978) que publient les éditions du Seuil et dont les champs d’exploration sont ainsi libellés : « Sémiologie de la musique/Analyse/Méthodologie, linguistique et ethnomusicologie ». Une revue qui publiera, entre autres articles de haut vol, le fameux essai « Le Grain de la voix » de Roland Barthes (1972) ou encore l’article « Jeux de maux », de Jameux lui-même, la même année.

Trente-six ans de présence au micro

Il débute à la radio en collaborant d’abord à l’atelier de création radiophonique d’Alain Trutat. A partir de 1973, et ce pendant dix ans, il anime l’émission de France Culture « La Musique prend la parole » avant de rejoindre France Musique. Au cours de ses nombreux programmes, il revenait volontiers sur les sujets qui lui étaient les plus chers : Richard Strauss (il publiait, en 1971, un premier livre consacré au compositeur aux éditions du Seuil, dans la collection Solfèges), l’école de Vienne (il est l’auteur d’un Alban Berg, en 1980, dans la même collection, et d’une Ecole de Vienne, en 2002, aux éditions Fayard), Wagner (dont il a livré des analyses musicales des opéras dans la revue L’Avant-scène opéra), Boulez (il est signataire de la première publication majeure sur le compositeur, en 1984, aux éditions Fayard) mais aussi Chopin, à qui il devait dédier son dernier ouvrage, Chopin ou la fureur de soi (éditions Buchet-Chastel, 2014).

Après son départ de France Musique et trente-six ans de présence au micro, Dominique Jameux avait consacré un livre, Radio (Fayard, 2009), à son métier. Evoquant ses débuts, l’auteur y écrit : « J’y faisais, avec mes moyens d’alors et dans une optique résolument “pédagogique”, ce que je n’ai en fait plus cessé de faire plus ou moins : parler à chaque fois d’une œuvre musicale, puis d’une autre la semaine suivante. Je suis resté fidèle à la dévotion entre “l’œuvre”, trace du passé dans le présent, témoignage réussi, stable et disponible du Génie qui nous dépasse, réservoir inépuisable de beautés et d’intelligence. Je me moque de ceux qui se moqueraient. »

« La parole est l’avenir de la Radio »

Dans ce texte subrepticement polémique, Jameux ajoutait : « Au moment où l’on s’ingénie à chasser la parole de France Musique, avec au demeurant des succès divers, comme si on avait décidément abandonné l’idée de la rendre avenante et plausible, je suis persuadé qu’elle seule au contraire permet à la chaîne publique d’attirer et retenir un auditoire. Notre société isole. La demande de lien est encore plus forte que celle de flux sonore : la Parole est l’avenir de la Radio. »

Dominique Jameux avait certes vécu péniblement son éviction, à 69 ans, de France Musique, mais ne gardait pas d’amertume à ce sujet. Son amie et collègue Stéphane Goldet nous a déclaré : « Quelque trente-six heures avant sa mort, nous avons passé tous les deux un long moment. Il était très amaigri. Ne restait que le regard, l’intensité intellectuelle et émotionnelle de quelqu’un qui est engagé sur ce qu’on appellera le dernier chemin… Son leitmotiv ce soir-là était son immense gratitude vis-à-vis de la radio qui lui avait permis d’avoir "une bonne vie" (ce sont ses termes), de faire tout ce qu’il voulait, sans aucune contrainte »

Dominique Jameux aimait l’écriture, mais l’adage renversé qu’il a inscrit en tête de son ouvrage Radio dit bien quelle était sa passion première : « Scripta volent, Verba manent » : « Les écrits s’envolent, la parole reste. »

Publié par Omer Corlaix à 15:01pm - Voir le commentaire ()