Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
Musiques contemporaines XX & XXI

Musiques contemporaines XX & XXI

Chroniques de concerts,de festivals, d'événements, de livres, de disques et de DVD.

4 Mai 2017

Retour de Laconie sur les pas d'Ismène

Retour de Laconie sur les pas d'Ismène
Retour de Laconie sur les pas d'Ismène
Athénée-Théâtre Louis-Jouvet

Georges Aperghis, Ismène

Georges Aperghis / Enrico Bagnoli / Marianne Pousseur

 
7 rue Boudreau, 75009 Paris
Les représentations :  jeu. 4 mai (20 h.), le ven. 5 mai (20 h.) et le sam. 6 mai (20 h.)

Quelle soirée ! Bon, pour commencer celle-ci, nous sommes allés à l’Athénée-Théâtre Louis-Jouvet voir Ismène du poète grec Yannis Ritsos, dans une mise en d’Enrico Bagnoli, interprété Marianne Pousseur. Iannis Ritsos (1909-1990) est un des grands poètes du XXème siècle avec l’alexandrin Cavafy. Il fut ce que l’on appelle un intellectuel engagé, dès son poème publié Épitaphe en 1936 à l’âge de 27 ans, son œuvre sera le témoin des soubresauts d’un pays irréconciliable avec lui-même, qui de la dictature du général Ioánnis Metaxás à celle de la dictature des colonels de 1967 à 1973,  en passant par la guerre de libération puis la guerre civile. Jeune poète à 31 ans sur les pas d’un Maïakovski son œuvre prendra progressivement de l’épaisseur, la grécité sera à l’œuvre au point qu’il lui consacre un hymne en 1966. Ses textes sont de longs monologue, versifiés, des soliloques, la voix des vaincus est prédominante. Jusqu’à l’aveugle divin de Thèbes, Tirésias en 1983, il dressa le portrait poétique des grandes figures mythiques. La tragédie des Labdacides scandent sa vie. Cette famille, ce « génos » domina la cité de Thèbes, son malheur fut aussi celui de la  cité. Ismène est la petite dernière des quatre enfants incestueux d’Œdipe et de Jocaste, sa mère : Etéocle, le bon fils, Polynice, l’usurpateur, Antigone, la justicière et la petite dernière Ismène. Antigone en recouvrant de terre son frère Polynice, a défié l’autorité de son oncle, Créon. Antigone condamnée à être emmurée vivante, sera rejointe par Hémon, le fils de Créon. Ce drame est une déploration, Ismène évoque, la vie heureuse de son enfance mais entrecoupée par la tragédie familiale, il y a un va-et-vient continuel entre ces deux temps du poème auquel la traduction du poète Dominique Grandmont rend bien justice.  Du noir, émerge une partie du visage fardé de blanc, le corps dénudé, puis la voix cadavérique de Marianne Pousseur, s’adresse à la salle, tout en se grimant,  comme face à son miroir de loge, avant la représentation. Progressivement, la scène va légèrement s’éclaircir, s’élargir, laisser apparaître une masse d’eau glauque où la comédienne patauge. La musique d’une grande pudeur, de George Aperghis, envahit l’espace par la litanie chantée par Marianne Pousseur ? Puis amplifiée par des sons fixés, rediffusés, de la scène vers la salle, la langue grecque se fait écho d’un dithyrambe invisible. Spectacle magique, d’une guerre civile toujours à renaître, résonnant avec les mots de la folie surgissant de notre nuit. Un spectacle de « salut public » à entendre et à voir ! Vont se déployer en mai sur la scène de l’Athénée-Théâtre, les deux autres volets de cette Trilogie des éléments, Phèdre du 10 mai au 13 mai, Ajax du 17 mai au 20 mai. L'œuvre a été présenté au Théâtre Nanterre - Amandiers dans la saison 2009 du Festival d'Automne.

Ne perdons pas nos voix !   

 

Publié par Omer Corlaix à 16:26pm - Voir le commentaire ()