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Musiques contemporaines XX & XXI

Musiques contemporaines XX & XXI

Chroniques de concerts,de festivals, d'événements, de livres, de disques et de DVD.

3 Octobre 2014

Office des morts à l’Opéra du Rhin, Quai Ouest de Régis Campo a été très bien accueilli par le...

Office des morts à l’Opéra du Rhin, Quai Ouest de Régis Campo a été très bien accueilli par le public … http://t.co/Qb7z3AqJNo via @overblog

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3 Octobre 2014

Magnus Lindberg et Philippe Manoury ouvrent Musica avec deux œuvres spacialisées - Musiques...

Magnus Lindberg et Philippe Manoury ouvrent Musica avec deux œuvres spacialisées http://t.co/qWL6qu4rJu via @overblog

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3 Octobre 2014

L'opéra de Lille ouvre sa saison avec Matsukaze de Toshio Hosokawa et Sasha Walz - Musiques...

L'opéra de Lille ouvre sa saison avec Matsukaze de Toshio Hosokawa et Sasha Walz http://t.co/BKA1YA1Xlb via @overblog

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3 Octobre 2014

Mitsou de Claire-Mélanie Sinnhuber est un opéra qui joue à cache-cache à Musica - Musiques...

Mitsou de Claire-Mélanie Sinnhuber est un opéra qui joue à cache-cache à Musica http://t.co/l6M6t4r67a via @overblog

Publié par Omer Corlaix à 09:38am - Voir le commentaire ()

2 Octobre 2014

L'opéra de Lille ouvre sa saison avec Matsukaze de Toshio Hosokawa et Sasha Waltz

Mardi 30 septembre, 2 & 3 octobre 2014 à l’Opéra de Lille  

Toshio Hosokawa (musique) & Sasha Waltz (chorégraphie) , Matsukaze

Interprété par Barbra Hannegan (Matsukaze), Charlotte Hellekant (Murasame), Frode Olsen (Le Moine), Kai-Uwe Fahnert (Le Pêcheur)

Danseurs & Musifabrik sous la direction musicale David Robert Coleman

 

L’Opéra de Lille ouvre sa nouvelle saison musicale en rendant hommage au compositeur japonais Toshio Hosokawa qui fêtera ses soixante ans, en 2015. Lille s’est associée aux villes Bruges et Coutrai pour explorer les « Territoires d’Hosokawa » d’octobre 2014 à 2015, Il est aujourd’hui avec Toru Takemitsu  (1930-1996), compositeur du siècle dernier et le chef d’orchestre Seiji Ozawa, la personnalité musicale japonaise la plus connue en Europe. Il réside principalement en Allemagne, le compositeur coréen Isang Yun (1917-1995) a été son professeur de composition. Si Toru Takemitsu fut un continuateur de Claude Debussy, Isang Yun choisi la tradition sérielle pour déployer sa propre musique. Toshio Hosokawa a retenu de lui, une basse harmonique bien charpentée et un sens aigu du contrepoint.

L’opéra-danse, Matsukaze a été créé au Théâtre de la Monnaie de Bruxelles en 2011. C’est donc une reprise de la chorégraphe Sasha Waltz que propose Caroline Sonrier, la directrice de l’Opéra de Lille en ouverture de saison. Sasha Waltz a comme Teresa de Keersmaeker a ouvert le territoire de la danse à la théâtralité puis à l’opéra. Matsukaze est un classique du théâtre Nô dont le livret a été écrit au XIVe siècle par Zeami. Ce Nô appartient au cycle automnale de la neuvième lune. Cette forme théâtrale participe à la diffusion du bouddhisme dans l’archipel Nippon, il met en scène un poème de Yukihira du IXe siècle. Un moine bouddhiste arrive dans un petit village de pêcheur dans la région de Kobe où sur un pin est gravé un poème, Matsukaze (Le vent dans les pins) évoquant une relation amoureuse du poète avec deux sœurs, Matsukaze et Murasame (Pluie d’automne) travaillant dans une saline. Celles-ci se suicidèrent après son départ. L’opéra s’ouvre sur les sons du ressac se mêlant au vent dans les pins. Les danseurs dessinent avec leurs bras une calligraphie imaginaire du poème. La nuit tombe. La basse Frode Olsen, un moine bouddhiste, psalmodie, les raisons de sa venue à Suma. Si, il est le waki du théâtre Nô, il est aussi la figure du Wanderer, du voyageur, cher au premier romantisme allemand par l’usage de la langue allemande chantée. L’ensemble instrumental Musifrabrik se glisse dans les sonorités traditionnelles de l’ancien Japon. La flûte devient Shakuhashi et la harpe, koto. La musique d’Hosokawa est plus du côté du plein que du vide, contrairement à celle d’un John Cage. Le vide signifie pour lui, tension. Les fûrin, petites cloches utilisés dans les temples bouddhistes déploient un voile cristallin apaisé sur une texture musicale dense. Les deux sœurs, au mitan de la nuit, dans un duo séraphique et aérien, aux contrepoints serrés descendent doucement des cintres, suspendues à des filins invisibles, elles semblent flotter dans l’air. Puis, progressivement, elles s’enfouissent dans une monumentale texture filandreuse entre toile d’araignée et végétation aquatique menaçante conçue par la plasticienne Chiharu Shiota. En posant les pieds sur terre, elles deviennent bacchantes possédées, et le poète Yukihira, un nouveau Dionysos auquel elles vouent leur vie. La réussite de l'opéra tient aussi à la très forte présence vocale et dramatique de la soprano, Barbara Hannegan et de la mezzo-soprano, Charlotte Helekantque que nous avions entendu la saison dernière dans le monodrame The Raven d’Hosokawa sur le poème éponyme d’Edgar Allan Poe au Théâtre des Bouffes du nord.

L’Opéra de Lille est radicalement tournée vers le présent. N’est-ce pas la meilleure façon de repousser la langueur qui semble saisir la société française. Lille 3000 a fait sauter  une étape à la métropole, et nous percevons aujourd’hui les effets.  

Matuskaze est éditié dans le deuxième volume des Nô et Kyogen, automne-hiver, POL, 1979

 

Publié par Omer Corlaix à 15:49pm - Voir le commentaire ()

2 Octobre 2014

Mitsou de Claire-Mélanie Sinnhuber est un opéra qui joue à cache-cache à Musica

Samedi 26 septembre à 17 h, Cité de la musique et de la danse, festival Musica

Claie-Mélanie Sinnhuber, musique & Jean-Charles Fitoussi, film et livret, Mitsou

Raquel Camarinha, soprano (Balthus) ; Fabien Hyon, baryton (Rilke) ; Eva Zaïcik, alto (la mère, la gouvernante, le frère et l’amie) ; Luc Bertin-Hugault, basse (le père)

Ensemble Multilatérale dirigé par Léo Warynski

L’opéra nous réserve parfois des surprises ainsi Mitsou de la compositrice Claire-Mélanie Sinnhuber dont le sous-titre . « opéra-film ». Elle n’est pas seule dans l'affaire, il y a aussi un cinéaste qui est également l’auteur du livret, Jean-Charles Fitoussi. Ils sont deux ! L’histoire est improbable, la rencontre du jeune peintre Balthus avec le poète Reiner Maria Rilke. Balthus a recueilli un chat égaré mais celui-ci pendant sa maladie prendra la poudre d’escampette pour aller vivre d’autres aventures, laissant l’enfant à sa perte et à peine. Dans une de ses lettres, Rilke, pour consoler le jeune Balthus, lui raconte que sur les douze coups de minuit, une brèche temporelle apparaît permettant à celui qui la franchie de remonter le temps. Le librettiste fait franchir ce mur du temps à Balthus qui ainsi revit son histoire avec Mitsou. Le film nous  montre le quotidien d’un enfant vivant en Suisse pendant la Grande guerre dans une famille cultivée et riche, les Klossovski de Rola. La musique est écrite à la pointe sèche, aucune fioriture inutile, elle est efficace. Elle cherche l'exactitude à la façon de Rilke. La musique est moderne et d’époque comme le film. Elle respecte l’identité des instruments, c’est une formation « Pierrot Lunaire » élargie à la percussion. Certes, on peut observer durant le déroulement de l'œuvre un léger décalage entre le chant et les lèvres des comédiens mais paradoxalement le problème principal vient d’une erreur de casting, l’alto, Eva Zaïcik a une diction française approximative, et de surcroits, un grand nombre de petits rôles à interpréter. On est fatalement, agacé puis exaspéré. Par contraste, la soprano Rachel Camarinha trouve le ton adéquat au jeune Balthus. Et, le jeune acteur interprétant  Balthus est en parfaite harmonie avec la voix qui le double. Là, le casting est idéal.

De la coupe aux lèvres, il peut y avoir une distance importante comme l’illustre cet opéra.

On peut lire : Balthus (Auteur), Rainer Maria Rilke (Auteur),  Mitsou, histoire d'un chat. Rivages Poche Petite Bibliothèque, numéro 597

 

Photos du Film de Jean-Charles Fitouss,  un des dessins du jeune Baltus et portrait de Claire-Mélanie Sinnhuber
Photos du Film de Jean-Charles Fitouss,  un des dessins du jeune Baltus et portrait de Claire-Mélanie SinnhuberPhotos du Film de Jean-Charles Fitouss,  un des dessins du jeune Baltus et portrait de Claire-Mélanie SinnhuberPhotos du Film de Jean-Charles Fitouss,  un des dessins du jeune Baltus et portrait de Claire-Mélanie Sinnhuber

Photos du Film de Jean-Charles Fitouss, un des dessins du jeune Baltus et portrait de Claire-Mélanie Sinnhuber

Publié par Omer Corlaix à 14:27pm - Voir le commentaire ()

29 Septembre 2014

Office des morts à l’Opéra du Rhin, Quai Ouest de Régis Campo a été très bien accueilli par le public strasbourgeois.

Samedi 27 septembre à l'Opéra national du Rhin à Strasbourg, prochaine représentation le 30octobre à Strasbourg, l'Opéra du Rhin et le 10 octobre à la Filature de Mulhouse

Régis Campo, Quai ouest. Orchestre symphonique de Mulhouse sous le direction de Marcus Bosch ; mise en scène Kristian Frédric ; décors Bruno de Lavenière ; costumes Gabriele Heimann ; lumières Nicolas Descoteaux

Quai ouest est une commande de l'Opéra national du Rhin et du Staatstheater Nürnberg

Si vous attendez une réponse à la vie, Quai Ouest n’est pas pour vous. Maurice Koch va avec sa secrétaire Monique Pons dans un lieu improbable à la lisière de la ville « au bord d’un fleuve, là où on prend le ferry. ». Le hangar est occupé par une tribu étrange. Il y a Charles, l’homme des « basses œuvres », un trafiquant de mort, et Abad son partenaire, un afro-américain, l’homme des « hautes œuvres », discret, efface et muet. Le premier à une sœur Claire convoitée par une petite frappe, Fak. Ils ont une mère, une indienne, Cécile et un père, Rodolf peu intéressé par la filiation. Maurice Kock vient acheter sa mort. Il se défait de toutes ses affaires que la petite famille va se partager. Charles semble être le caïd, l’instance régulatrice de ce petit monde. Ils souhaiteraient tous partir mais l’aimant qui les retient ensemble plus fort. On tourne en rond, mais la mort rode. Maurice est tué par Abad. Celui-ci à la fin tue Charles qui voulait partir, rompre avec la mort. La dramaturgie est efficace, limpide, c’est un « office des ténèbres » dans un lieu de fin de vie. Quai Ouest était un lieu de drague des homosexuels new-yorkais où probablement Bernard-Marie Koltès a contracté le virus du Sida. La musique se fait ample au début, avec des gammes descendantes et des ostinatos colorés figurant un ciel embrasé juste avant la nuit tombante sur Hudson River. Progressivement elle devient nocturne quasi silencieuse, parfois même murmurante. Elle est à la limite de l’effacement, comme la petite musique qui accompagne le film, Mulholland Drive, de David Lynch. On comprend toutes les paroles des chanteurs, la prosodie est au service de la dramaturgie et de la musique. La dimension « théâtre de boulevard » que souhaitait voir dans son théâtre, Bernard-Marie Koltès, et dont se méfiait Patrice Chéreau, trouve en Régis Campo son traducteur efficace. Ce « mauvais goût », Régis Campo va l’introduire habilement dans sa musique en détournant les vocalités de la comédie musicale à la française ou américaine. Il flirte ainsi à la limite de celui-ci dans les airs de Fak mais comme ils sont si finement orchestrés, le contreténor Fabrice di Falco en déjoue les pièges. La guitare électrique est son double, elle s’inscrit exactement dans l’orchestration, elle ne donne jamais l’impression d’être une pièce rapportée. Chaque personnage est bien caractérisé. Maurice interprété par le baryton-basse, Paul Gay est d’une crédibilité époustouflante. Mireille Delunsh, se lâche, elle est Monique Pons, elle voudrait bien que cette « connerie » s’arrête avant de mal tourner ! « Adieu, Morrico », le grand air final du ténor Julien Behr, l’interprète de Charles, n’aurait pas déplu dans sa progression dramatique au Chevalier Glück. De même, l’étrange et envoûtant « cante jondo » de Cécile, interprétée par la mezzo-soprano Marie-Ange Todorovitch est d’une intensité bouleversante. Il vient juste avant le grand septuor opératique où tous les personnages du drame se retrouvent, un moment ensemble avant le dénouement. Il y a également, le magnifique trio des femmes, fausse citation du Chevalier à la Rose de Richard Strauss.

L’opéra reste un genre bizarre, il les phagocyte tous, il se pourrait bien qu’il est le mauvais goût par excellence. La mise en scène de Kristian Frédric est efficace, elle est au service des acteurs et des voix. La chimère sonore, entre corne de brume et sirène de bateau, vient ponctuer habilement les changements de scène, comme une horloge fatidique, que le scénographe Bruno de Lavenère et Nicolas Descoteaux aux lumières rythment intelligemment de scène en scène. L'Orchestre symphonique de Mulhouse et le Chœur de l'Opéra national du Rhin sous la direction de Marcus Bosch ont maîtrisé de bout en bout ce « nocturne orchestral ».

L’action de grâce que chante le chœur final, « In God we trust » évoque certes la devise frappée sur le dollar mais il est immédiatement contredit par un « do we ». Est-ce une fin heureuse, un lieto fine, comme dirait les spécialistes du belcanto ou tout un simple pied-nez au monde.

cop. Alain Kaiser
cop. Alain Kaiser

cop. Alain Kaiser

Publié par Omer Corlaix à 18:28pm - Voir le commentaire ()

29 Septembre 2014

Magnus Lindberg et Philippe Manoury ouvrent Musica avec deux œuvres spacialisées

Vendredi 26 septembre 2014 au Palais de la musique et des congrès, Salle Érasme.Concert inaugural de Festival Musica 

Magnius lindberg, Kraft par l'Ensemble Modern et SWR Sinfonieorchester Baden-Baden und Freiburg dir. Pablo Rus Broseta

Philippe Manoury, In situ par SWR Sinfonieorchester Baden-Baden und Freiburg dir. Pablo Rus Broseta

Sans les knacks, le festival Musica ne serait plus Musica… C’est le grand moment de convivialité qui vient après le concert « inaugural » du festival. Cette année point de discours des officiels et personne ne s’en plaindra. L’orchestre symphonique de Baden-Baden / Freiburg et l’Ensemble Modern seront les acteurs de ce concert. Acteur, est peut-être bien la bonne expression car les musiciens ne vont pas rester en place. La spatialisation fut le maître mot de cette soirée, deux œuvres emblématiques, Kraft de Magnus Lindberg (*1958) et In situ de Philippe Manoury (*1952). Les deux œuvres ont une durée comparable, une demi-heure. On est en présdence de deux conceptions de de la spatialisation. Kraft porte bien son nom, puissance, les décibels explosent. L'œuvre a été composée entre 1984  et 1985. Á cette époque-là, Lindberg vivait entre Paris, Berlin et Helsinsky. Il n'avait pas encore la trentaine. C’est aussi les années de jeunesse de l’ensemble Avanti ! Un an avant il avait composé Action-Situation-Signification, œuvre  aux allures de manifeste. En 1985, Il compose Ur avec la technologie de l’Ircam, œuvre qui fut régulièrement interprétée dans les festivals d’avant-garde. Tout est possible, c’est le début des années quatre-vingt, avant que le Sida décime les milieux underground étatsuniens et européens. La percussion de Kraft a été récupérée chez des brocanteurs. Elle est faite de bric et de broc. Il y a un côté dadaïste. Une esthétique fruste à l’opposé à la tradition policée de l’orchestre symphonique. Ils sont quatre solistes hyperactifs. Ils vont et viennent de l'orchestre à l'Ensemble Modern. Il y a une clarinettiste, Nina Janßen-Deinzer avec ses clarinettes, un pianiste, Ueli Wiger, cerné  de claviers, deux percussionnistes, Rumi Ogawa et Rainer Römer, enveloppés d’instrumentents divers, et variés, et une violoncelliste, Eva Böcker, musicienne polyvalente. Ils sont face à un orchestre symphonique par cinq. La forme est relativement simplement. L’œuvre s’ouvre sur un coup de Tam-tam puis l’orchestre entre en action par un puissant cluster  puis progressivement l’orchestre s’individualise et les solistes amplifiés émergent de la masse orchestrale. Á cette séquence, succède une partie plus calme, dominée par les quatre solistes qui vont de la scène à la salle, et vis-et-versa. La troisième section reprend en miroir la première section, celle-ci se concluant sur un coup de Tam-tam. La dernière partie évolue vers une sonorité spectrale. Le modèle me semble fortement influencé par l’ouverture Die Soldaten du compositeur Bernd Aloïs Zimmermann. Nous ne sommes pas confrontés à un espace unifié mais à un environnement chaotique. La transgression scène-salle semble plus importante que l'unification musicale de l’espace. In situ de Philippe Manoury évolue au contraire dans un espace isomorphe tant pour l’auditeur que pour  les interprètes. Le « moment form » de Stockhausen est récurrent à son œuvre. L’orchestre enveloppe les auditeurs par les ailes. D’emblée, par un son percussif et mobile, Philippe Manoury nous donne à entendre l’espace sonore dans sa globalité. Son orchestration est beaucoup plus aérienne que dans ses œuvres frontales pour orchestre. On est étonné par la fluidité sonore de l'œuvre, la rapprochant ainsi des possibilités de la musique électroacoustique. Il pose différemment la question de la forme que Magnus Lindberg, elle semble sortir tout droit d'une imprimante 3D. Saluons. La performance  musicale de Orchestre de Baden-Baden / Freibourg sous la direction très aguerrie du son jeune chef Pablo Rus Broseta fut essentielle à la réussite cette soirée d'ouverture.

Kraft de Magnus Lindberg, cop. Jean Guillaume Chauvin

Kraft de Magnus Lindberg, cop. Jean Guillaume Chauvin

Publié par Omer Corlaix à 11:04am - Voir le commentaire ()

26 Septembre 2014

Au détour du chemin, l’incandescence prend forme. Heiner Goebbels et Hugues Dufourt illuminent Musica.

Jeudi 25 septembre ouverture du Festival Musica à Strasbourg

Heiner Goebbels, Stifter Dinge au Théâtre Hautepierre  à 18 h 30

Hugues Dufourt, Burning bright par l'Ensemble les Percussions de Strasbourg au TNS à 20 h 30

Sifter Dinges de Heiner Goebbels n’a pas pris une ride, sept ans plus tard la magie reste intacte. L’œuvre commence alors que l’équipe technique du théâtre finit l’installation du dispositif. Des sonorités menaçantes enveloppent la salle, le noir se fait, une voix d’outre-monde s’adresse à nous.  Est-ce Adalbert Stifter ? Au « détour d’un chemin » apparait une chose énigmatique, laissée en suspend. La voix de l’ethnologue Claude Lévi-Strauss surgis, elle évoque un monde sans secret, un monde sans terre vierge, un monde où l’aventure n’aurait plus sens. Un musique au piano mécanique, très « gouldienne » venant d’un temps lointain, mais toujours ces sonorités électroniques obsédantes. La machine, la bête, la chose, se rapproche des spectateurs puis se retire laissant un lac gargouillant, digne de l’Enfer de Dante, puis la mort. Cette installation sonore finira très certainement ses jours dans un musée d’art contemporain. Elle a la puissance des sculptures machiniques et musicales de Jean Tinguely. L’œuvre est dans la filiation du film expérimental le Ballet mécanique de Dudley Murphy et Fernand Léger à partir de la musique de George Antheil.

Un autre spectacle nous attend, on ne pouvait donc pas trainer trop longtemps dans le quartier Hautepierre en pleine rénovation illustrant, on ne peut mieux, la tristesse urbaine où le chômage fait des ravages dans les familles. À deux pas du théâtre, véritable caverne d’Ali Baba, le centre commercial lumineux et bien achalandé sous la haute surveillance des « debout-payés » faisait contraste avec l’anonymat extérieur. Manifestement, le réel résiste aux politiques.

Donc, retour au centre ville de Strasbourg, au TNS, pour la création Burning bright d’Hugues Dufourt. C’est sa deuxième œuvre pour les Percussions de Strasbourg après son premier chef-d’œuvre, Erewhon, composé il y a presque quarante ans. Du poème de William Blake, Hughes Dufourt a supprimé le point d’exclamation final du vers, « Tyger, Tyger, burning bright ! »  Il retient la traduction d’Alain Sueid, « Tigre, Tigre ! ton éclair luit ». On est en présence de vers de sept pieds. On peut faire siens les propos de Jacqueline Risset, récemment disparu au sujet de sa traduction de la trilogie dantesque : « Quand on traduit, on casse le lien entre le signifiant et le signifié. » Alain Sueid a cherché à reconstruire en français, la chaîne « signifiant-signifié » du poème pour échapper à cette « trop grande violence » que la poétesse stigmatisait. De même, Hughes Dufourt échappe à cette violence, sa musique est construite dans un respect absolu de poème de William Blake. Il y a la recherche d’une équivalence formelle entre le vers et la phrase musicale. Les accords musicaux s’accordent avec la répétition du phonème « right » présent dans « bright », « eyes », « fire »… Cette répétition de la même famille harmonique fait l’unité de l’œuvre. La structure sous-jacente du poème est respectée à la lettre. Certes, « effrayante symétrie », pour reprendre les derniers mots du poème mais Hughes Dufourt l’habille d’une parure sonore incandescente. Dans cette œuvre, Hughes Dufourt tourne le dos à l’ « entropie comme principe libérateur » souvent associée à la percussion mais aussi à la Révolution française dont William Blake fut le thuriféraire face aux critiques de son contemporain Edmund Burke. Pour Hugues Dufourt, l’œuvre musicale doit s’inscrire dans l’utopie du présent, elle est un acte philosophique donc éminemment politique. Les reflets jaunes des lumières sur les métaux des percussions participent également à la dimension performative de l’œuvre.  

 Concert Percussions de Strasbourg cop. G. Chauvin

Concert Percussions de Strasbourg cop. G. Chauvin

Publié par Omer Corlaix à 15:49pm - Voir le commentaire ()

24 Septembre 2014

Dans les entrailles de la voix avec la compositrice norvégienne Maja S. K. Ratkje

Mardi 23 septembre, Cité de la musique

Nina Šenk, Iris, création mondiale, commande de l’Intercontemporain ; Maja S. K. Ratkje, Concerto for Voice ; Gustav Mahler, Das Lied von der Erde

Ensemble Intercontemporain sous la direction Matthias Pintscher

Enfin, c’est la rentrée musicale contemporaine. Tout bien tout honneur, l’Intercontemporain au complet et son directeur musical Matthias Pintscher. Si le ban et l’arrière ban est présent, le public lui traine encore les pieds pour venir, une petite salle mais un bon parterre. Deux œuvres par deux femmes compositrices en première partie. La première œuvre Iris de la compositrice slovène Nina Šenk (*1982) est un concerto pour alto et ensemble. Le titre fait référence à un conte éponyme d’Hermann Hesse extrait de son recueil les Contes merveilleux. C’est une commande de l’EIC et elle est dédicacée à son interprète Odile Auboin. Le déroulé musicale est cohérent avec la notice programme de la compositrice. L’alto semble traverser des zones sonores plus ou moins agités, plutôt moins que plus pour dire la vérité. Le chant de l’alto domine de bout en bout de l’œuvre. De courtes séquences évoquent la cadence traditionnelle du concerto. Point d’affrontement entre le soliste et la collectivité instrumental, on traverse souvent des zones dépressives ou extatiques. L’écriture musicale est dans la filiation du sérialisme libre de Hans Werner Henze, l’écriture m’a semblée de bonne facture mais sans véritable caractère, du bel ouvrage, une musique sans anicroche. Il est à noter que l’œuvre a débuté par une courte vidéo silencieuse montrant un pinceau traçant une ligne bleue outremer sur une table puis celle-ci devenant progressivement une masse mouvante de pigments colorés. Celle-ci était projetée sur un demi-écran pendouillant au-dessus des musiciens. La seconde œuvre au programme était également introduite par une vidéo qui avait pour fonction d’occuper notre temps de cerveau disponible durant le changement de plateau. C’était la bande d’annonce ou un extrait d’un film, Sculpting sound, dont la compositrice norvégienne Maja S. K. Ratkje (*1973) a composé la musique. Celui-ci devrait sortir en 2015. Adieu, le côté Björk de la voix nordique ! Le Concerto for Voice (moods IIIb) n’est pas à proprement dit un concerto pour voix chanté. Maja S. K. Ratkje en est l’interprète, la performeuse. Sa voix est amplifiée, c’est un concerto pour voix « microphiée ». Raclements de gorge, borborygmes de tout type, sifflets… Les oubliées de la voix ont la parole.  L’ensemble est au complet auquel s’adjoignent un accordéoniste et une machine à écrire amplifiée. Finis, les minauderies précédentes, la musique est rude et carnavalesque mais aussi bouffonne et espiègle. Ses textures orchestrales semblent proches du spectralisme d’un Louis Andriessen qui fut son professeur. On a eu droit à un surprenant duo pour voix et machine à écrire. Le duo final où la flûte piccolo et le sifflement de la voix se superposent dans un chant apaisé. Il est à noter qu’elle est passée par l’Ircam en 1999 pour s’initier au temps réel,  manifestement elle a une longue pratique de la musique électroacoustique. Á ce « chant des entrailles de la terre »  succède après l’entracte le Das Lied von der Erde de Gustav Mahler dans une transcription récente de Glen Cortese renouvelant ainsi notre écoute formatée par la version d’Arnold Schoenberg.  Il y a des mixtures plus modernes comme par exemple les instruments à vent dans le final. Si les deux solistes vocaux m’ont laissé sur ma faim, les musiciens de l’ensemble, et plus précisément, les unissons des deux premiers violons avaient une couleur rarement entendue. Pour conclure, un mot sur le rythme du concert, il y avait une œuvre de trop. Si on avait commencé par Le Chant de la terre et fini avec Concerto for Voice de Maja S. K. Ratkje, le concert aurait été d’une plus grande efficacité musicale, le choc d’autant plus fort, et notre plaisir d’autant plus émoustillé.

Dans les entrailles de la voix  avec la compositrice norvégienne Maja S. K. Ratkje

Publié par Omer Corlaix à 11:49am - Voir le commentaire ()