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Musiques contemporaines XX & XXI

Musiques contemporaines XX & XXI

Chroniques de concerts,de festivals, d'événements, de livres, de disques et de DVD.

18 Septembre 2014

La musique contemporaine, est-elle un art des confins ? Le festival Musica commence jeudi 25 septembre.

L’édition 2014 propose une édition plus resserrée du festival  avec un éditorial mieux architecturé. En final, une meilleure lisibilité, qui s’en plaindra ? Le festival se clôturera le vendredi 10 octobre.

Les choses et les petits riens d’Adalbert Stifter à Strasbourg, Heiner Goebbels a signé en 2007 un de ses meilleurs spectacles en ouverture et la création de Burning bright d’Hugues Dufourt au festival Musica seront au rendez-vous..

Jeudi 25 septembre 2014

Stifters Ding de Heiner Goebbels : jeudi 25 septembre à 18 h 30 et vendredi 26 septembre à 18 h 30 et 20 h 30 au Théâtre de Haupierre, Strasbourg

Burning bright d’Hughes Dufourt, jeudi 25 septembre à 20 h 30 au Théâtre National de Strasbourg

Dans moins une semaine le Festival Musica va démarrer sur les chapeaux de roues avec Stifters Ding de Heiner Goebbels (*1952). Il est certes un compositeur mais progressivement il est devenu également un dramaturge, un scénographe et un metteur en scène de ses spectacles. Tout en un, c’est un artiste complet au sens où on l’entend aujourd’hui dans le monde des arts plastiques où la performance est devenue la boussole. On avait pu voir et entendre à Lyon, la saison dernière un magnifique spectacle de la Biennale Musique en scène,  Les chants des guerres que j’ai vues. De jeunes musiciennes à l’ombre de lampes de chevet, lisaient des extraits de l’autobiographie de Gertrude Stein écrite durant la Seconde guerre mondiale. Dans une lumière tamisée, dans une ambiance très cosy, un brin british, nous allions de propos futiles à des réflexions profondes sur nos congénères durant la France occupée. La musique était faite de citations remodelées et distillées sur ton léger. La grande histoire était filtrée par le quotidien, l’anecdote. Avec Stifters Ding, Heiner Goebbels met en avant un romancier autrichien que l’on commence seulement aujourd'hui en France à mieux percevoir a richesse. C’est une littérature des confins. Adalbert Stifter  (1805-1868) est célèbre par un court roman, L’Homme sans postérité. On est loin du romantisme échevelé de la « grande nation », toujours en attente du grand homme. C’est un romantisme biedermeier, celui des lieds de Schubert ou de Schumann, des petits riens qui font la vie. Les Alpes autrichiennes sont figurées par une flopée de pianos mécaniques empilées les uns sur les autres trônant au-dessus d’un lac glauque. Point d’être humain à l’horizon, seules des voix provenant des haut-parleurs comme celle de l'ethnologue Claude Lévi-Strauss soutenu par le piano de Glenn Gould. Le directeur de la Triennale de la Ruhr est un magicien ayant réussi à métamorphoser la notion de « théâtre musicale », chère à Georges Aperghis. Si vous n’avez pas encore vu ce spectacle, il va falloir vous déplacer un jour ou l’autre à Strasbourg. Et, le même soir à 20 h 30 au TNS, il y a la création de Burning bright du compositeur Hughes Dufourt (*1943) par les Percussions de Strasbourg. Hughes Dufourt y travaille depuis 2010. Elle aura la durée d’un concert.  La percussion le poursuit depuis presque une quarantaine s’années. Erewhon (1972-1976) créée au festival de Royan en 1977 également par les Percussions de Strasbourg reprenait le titre d’un roman éponyme de Samuel Butler. L'œuvre ne fut éditée qu’en l’an 2000 par Unacorda après sa recréation en 1999 sous la direction de canadienne Lorraine Vaillancourt. Ce fut une redécouverte de l’œuvre. La sortie du disque, un an plus tard, fut l’évènement discographique de l’année 2000 ! L’unanimité de la critique fut au rendez-vous, voilà le chef-d’œuvre. Loin de toute virtuosité facile ou de primitivisme aguicheur, Hugues Dufourt prenait au sérieux la percussion.  On s’imagine bien que l’attente est aujourd’hui à son comble. Fait-il référence au premier vers au poème Tyger de William Blake, « Tyger ! Tyger ! Burning bright » ?

Extrait d'Erewhon, 4ème partie

Stifters Dinge © Mario del Curto ; Heiner Gobbels © Wonge Bergmann ;Hugues Dufourt © Astrid Karger ; Les Percussions de Strasbourg © Charlotte Michaillard
Stifters Dinge © Mario del Curto ; Heiner Gobbels © Wonge Bergmann ;Hugues Dufourt © Astrid Karger ; Les Percussions de Strasbourg © Charlotte Michaillard
Stifters Dinge © Mario del Curto ; Heiner Gobbels © Wonge Bergmann ;Hugues Dufourt © Astrid Karger ; Les Percussions de Strasbourg © Charlotte Michaillard
Stifters Dinge © Mario del Curto ; Heiner Gobbels © Wonge Bergmann ;Hugues Dufourt © Astrid Karger ; Les Percussions de Strasbourg © Charlotte Michaillard

Stifters Dinge © Mario del Curto ; Heiner Gobbels © Wonge Bergmann ;Hugues Dufourt © Astrid Karger ; Les Percussions de Strasbourg © Charlotte Michaillard

Publié par Omer Corlaix à 10:47am - Voir le commentaire ()

15 Septembre 2014

Open music au Royaumistan : l’Inde et le monde

Samedi 13 septembre 2014, L’inde et le monde : trois générations, trois visions : 15 h 30, 17h 30 et 20 h 45

 « Royaumont jubile ! », est la phrase choc pour marquer le cinquantenaire de la nouvelle saison de l’Abbaye cistercienne. Sauvée par la famille Groüin en 1905, celle-ci crée une Fondation en 1964 mais c’est depuis la venue de Francis Maréchal à la direction artistique en 1977 que l’Abbaye de Royaumont devient un des lieux essentiels de la vie musicale en Ile-de-France, et aujourd’hui, celle-ci rayonne à l’international. C’était avant la création de la Cité de la Musique. Francis Maréchal est à Royaumont, ce qu’est Laurent Bayle à la Philharmonie. En quelques années, l’Abbaye a multiplié les lieux pour faire de la musique en son sein, d’abord le Réfectoire des moines puis les Cuisines, en 1993 a été réhabilitée la Salle des charpentes, et enfin cette année, le Réfectoire des convers est ouvert. Cette saison, l’Abbaye fête en grande pompe son jubilé. Plus qu’un simple diffuseur, celle-ci s’est imposée comme producteur de concerts. Elle est une figure de proue du renouveau de la musique médiévale et ancienne, du baroque, de la musique contemporaine, de la danse mais elle est également un lieu d’échanges entre les musiques du monde. L’expérimentation est la clef du projet, les musiciens viennent travailler à Royaumont.

Ce samedi 13 septembre, illustre cette démarche de rencontre musicale. La journée était organisée par Frédéric Deval, le responsable du programme Musiques transculturelles. Deux ensembles sont invités, l’ensemble Caravaggio et le trio Aka Moon pour dialoguer avec des maîtres de la musique indienne..

Caravaggio  est animé par deux compositeurs Benjamin de La Fuente et Samuel Sighicelli, l’un et l’autre pratique l’improvisation. Le premier est violoniste et le second joue du synthétiseur et autres claviers. L’ensemble dialoguait en ce début d’après-midi, avec deux interprètes indiens  de Londres, le joueur de sarod, Soumik Datta et  aux tablas, Prabhu Edouard. Juste avant que débute le concert, Benjamin de La Fuente a pris la parole pour présenter les concepts musicaux qui les avaient guidés pendant les cinq jours de retraite à l’Abbaye : le bourdon, musique et matière, glissement et morphing. Puis, il précise son propos : « Ce n’est pas la fusion qui nous intéressent mais l’intervalle, l’entre-deux ». Comme on dit, fermer le ban, place au concert ! Très courtois, les deux interprètes indiens, n’ont pas soufflé mot, si ce n’est un léger sourire poli. Donc, la musique a commencé très « matière » mais chacun est resté sur son quant-à-soi durant le concert. Puis des duos, se sont succédé.  Le plus étrange des duos, fut l’incompréhension de Prabhu Edouard aux tablas avec son coreligionnaire musical,  Eric Echampard à la batterie. Il fallut attendre le bis final pour que la musique se libère ainsi le jeu du tabla s’harmonisait très bien avec la contrebasse de Bruno Chevillon. Miracle ! On était en présence d’un sextet d’open music.

Le deuxième concert du mitan de l’après-midi se déplace dans la nouvelle Salle des convers. Il confronte deux grandes traditions musicales, l’Inde et de l’Iran. Kaushal Das au sitar et Dariush Talai au tar sont côte à côte, ils s’observent, ils se hument. Lentement la mayonnaise prend, une conivence s’installe, tandis que Parimal Chakrabarty et Keyvan Chemirami, aux tablas et au zarb, observent avec gourmandise, le dialogue musical des grands maîtres. Le titre choisi, « rencontre au sommet » correspond exactement au sentiment qui nous ressentons durant le concert. Nous étions dans le Salon de musique de Satyajit Ray !

Après le repas indien, bien épicé comme il se doit, nous retournons dans la Salle des Convers. L’ambiance est toute autre, on a l’impression de descendre dans une cave de jazz enfumée pour écouter le trio Aka Moom et le grand maitre du mridangam, le  Dr. Umayalpuram Sivaraman. C’est une star de la percussion, et une icône de la musique carnatique de sud l’Inde. Sa présence irrigue le concert, il a quatre-vingt, et il conserve une juvénilité désarmante. Il faut son show ! Bon enfant, nous nous prêtons à ses facéties. On compte, cinq légers applaudissements puis deux la paume retournée, et rebelote, ainsi jusqu’à la fin de la musique. Le public jubilait, et en redemandait. On était près à finir la nuit au Royaumistan. Nous avions fait le tour du cadran des générations.

Open music au Royaumistan : l’Inde et le monde
Open music au Royaumistan : l’Inde et le monde
Open music au Royaumistan : l’Inde et le monde

Publié par Omer Corlaix à 10:48am - Voir le commentaire ()

13 Septembre 2014

IRCAM, concert d’ouverture : Fermeture pour travaux, Cursus 2 et +

Melancolia. Vendredi 12 septembre à 20 par l’Ensemble Intercontemporain. Les compositeurs : Matthias Pintscher, Martin Strańczyk, Salvatorre Sciarrino, Claude Vivier, Blaise Ubaldini

Paris est une ville étrange, la musique contemporaine avait disparu du paysage musical pendant près de deux mois. Hier soir l’IRCAM ouvrait la saison musicale contemporaine. Elle l’avait fermée avec l’Académie du festival Manifeste. Le titre de ce concert Melancolia rassemblait deux jeunes compositeurs du Cursus 2 et deux compositeurs classiques de la contemporaine l’italien Salvatore Sciarrino et le compositeur canadien Claude Vivier. Le concert a débuté par une œuvre le directeur musical de l’Ensemble Intercontemporain Matthias Pintscher, Meneton pour percussions. Le titre fait référence à la religion celte, il désigne la clairière où le Druide fait son office. Les trois familles des percussions sont présentes, les peaux, les métaux et les bois mais ils appartiennent tous les trois aux percussions n’ayant pas de résonnance propre. L’œuvre débute par une séquence mélodico-rythmique sur les wood-blocks qui reviendra come un leitmotiv,  puis le discours s’étend aux autres instruments dans une vision plus primaire, plus primitive du son. Il est à noté que la pièce fut interprétée sans partition. La seconde œuvre au programme est celle d’un des stagiaires du Cursus 2, Marcin Stańczyk (*1977). Il a suivi le cursus de composition et d’informatique musicale de 2011 à 2014. L’an passé, il a remporté le Prix Takemitsu au Japon. Aftersounds pour deux percussionnistes fait référence aux afterimages du peintre polonais Wladyslaw Strzeminski. Il introduit l’idée de « son premier » et de « son rémanent » résultant de la transformation en temps réel. S’Il superpose ces deux types de son, il pratique aussi la dissociation des sources sonores et des gestes instrumentaux. Cette approche virtuelle du son l’amène vers la « performance totale » ainsi grâce aux micros placés aux bouts des doigts des deux musiciens, ceux-ci par un simple frôlement des lames du marimba génèrent d’étrange sonorité. De même le ballet des mains au-dessus des instruments produits des volutes sonores. On perçoit chez ce compositeur une grande habileté à manier des techniques complexes sans perdre l’horizon du concert. Après un court entracte, Melancolia I pour piano et clavecin de Salvatore Sciarrino est une œuvre ascétique, des accords martelés au piano s’opposent à une mélodie ressassée jusqu’au déni du temps. Idée fixe, l’obsession habite le mélancolique, le temps [le] piétine ! Et, je reverrai cette ville étrange de feu Claude Vivier est également une œuvre du ressassement mais cettemélancolie mzlancolie est heureuse.Ses unissons mettent à rude épreuve les nerfs des interprètes, le moindre écart, et patatrac… Et, ça s’entend ! Aïe ! La tension est à son comble. Vivier, c’est un maître de la couleur. La dernière œuvre au programme, seconde œuvre du Cursus 2, Bérénice du français Blaise Ubaldini (*1979). Oui, oui, Racine, le grand… Je ne sais plus quand, cette semaine, en revenant de l’avant-première du dernier film de Gregg Araki, surgissait de mon transistor, la voix de Marcel Bozonnet interviewé par Laure Adler. Il fut un grand Antiochus avec sa diérèse. C’est un sacrifié de l’amour ! Notre Bérénice mimait toute les voix sauf celle de Titus, le mal aimé. Caroline Imhof avait un frein prosodique sur la langue que les musiciens et l’électronique mimaient. Bien évidemment, je pensais au cher Antonin Artaud et à son Jugement de Dieu mais aussi à Carlo Bene, et oui, je l’ai vu dans Macbeth… Blaise Ubaldini a indéniablement le sens du théâtre musical mais son usage de la technique électroacoustique  m’a semblé des plus frustes, trois ans pour ça.

Nous avons appris en ouverture de cette soirée que Lespro, l’Espace de projection sonore serait fermé pendant deux ans pour cause de travaux. Ben, oui, ça rend un peu mélancolique. Manifestement, tout fout le camp en cette rentrée 2014 !

IRCAM, concert d’ouverture : Fermeture pour travaux, Cursus 2 et +
IRCAM, concert d’ouverture : Fermeture pour travaux, Cursus 2 et +
IRCAM, concert d’ouverture : Fermeture pour travaux, Cursus 2 et +
IRCAM, concert d’ouverture : Fermeture pour travaux, Cursus 2 et +
IRCAM, concert d’ouverture : Fermeture pour travaux, Cursus 2 et +
IRCAM, concert d’ouverture : Fermeture pour travaux, Cursus 2 et +
IRCAM, concert d’ouverture : Fermeture pour travaux, Cursus 2 et +

Publié par Omer Corlaix à 09:18am - Voir le commentaire ()

12 Septembre 2014

Du Quai de la Loire à Quai Ouest avec Régis Campo, entretien en avant-première

Répétition de Quai Ouest

Répétition de Quai Ouest

Entretien d'Omer Corlaix avec Régis Campo, dimanche 7septembre 2014 à Paris

Du Quai de la Loire à Quai Ouest avec Régis Campo, les répétitions battent leur plein à l’Opéra de Strasbourg, je l’ai interrogé dimanche dernier.

Comme chaque année le festival Musica et l’Opéra du Rhin collabore ensemble sur un projet d’opéra. L’Opéra du Rhin avait commandé un opéra au compositeur Régis Campo (*1968) sur un livret adapté par son metteur scène Kristian Frédéric et Florence Doublet à partir de la pièce de Bernard-Marie Koltès (1948-1989), Quai Ouest. La mise en scène de Patrice Chéreau au Théâtre des Amandiers en 1986 avait marqué les esprits. Dans la distribution, il y avait la grande  Maria Casarès. C’est le second opéra de Régis Campo, le premier est une adaptation d’une pièce de l’argentin Copi, Les Quatre jumelles. Il avait été créé par l’ensemble nanterrois TM+ et l’ARCAL. L’opéra a été très bien accueilli par la critique et il a beaucoup tourné en France. Le passage de Copi à Koltès, n’est pas si éloigné dans sa trajectoire. Il est un fidèle aussi auditeur de l’émission Mauvais genre qui le samedi soir à 22 h fait un tabac sur France Culture. Le côté déglingué de la série B, n’est pas pour déplaire. Le dépareillé, l’aimante. Pour ce qui est du genre, il s’y connait le gars. Nous l’avons rencontré dans un restaurant tonitruant au bord du canal de l’Ourcq et nous l’avons mis à la question, la voix forcément ! 

Publié par Omer Corlaix à 17:52pm - Voir le commentaire ()

11 Septembre 2014

Thomas Monnet poudroie l’orgue de Jean-Louis Florentz. Magique !

De cire et d’or, l’ouvre pour orgue  par Thomas Monnet sur l’Orgue de Roquevaire (var). CD Hortus 114

Comprend : Les laudes, Prélude extrait de L’Enfant noir, Debout sur le soleil, La Croix du sud

Étrange personnage que fut le compositeur Jean-Louis Florentz (1947-2004), il restera une personnalité énigmatique. Son catalogue n’est pas immense mais d’une belle facture. Il a pratiqué l’orgue très jeune, il a reçu en France l’enseignement des pères mariste comme Iannis Xenakis et Alexandros Markeas en Grèce. Il fut membre de l’Institut alors que sa personnalité solitaire aurait dû l’éloigner de l’Académie des Beaux-Arts. Elève d’Olivier Messiaen et de Pierre Schaeffer, c’est par l’ethnomusicologie qu’il trouva son salut. Ses enquêtes de terrain vont nourrir sa musique, il fut toujours à la recherche de modes inouïs à l’oreille occidentale. Sa théologie doit tout aux chrétiens d’orient, elle est mariale. La monographie de que nous propose l’organiste Thomas Monnet va dans ce sens. Jean-Louis Florentz, est le maître de mixtures insensées. Si la musique de Messiaen est verticale et hiératique, celle de Florentz est horizontale et ondulante. Ainsi dans la Harpe de Marie, troisième moment des Laudes, il y a des accords à vous faire frémir l’échine. Debout sur le soleil est un hommage à l’orgue symphonique français. La Croix du Sud propose un voyage en Orient, l’arabesque et les demi-teintes voilées déambulent, et jouent à cache-cache. La magie, le mystère domine, Jean-Louis Florentz réinvente l’orgue. Thomas Monnet magnifie l’orgue de Roquevaire, lui donnant des ailes d’ange dans le final de cette constellation d’étoiles, il poudroie l’orgue !

Jean-Louis Florentz & Thomas Monnet
Jean-Louis Florentz & Thomas Monnet Jean-Louis Florentz & Thomas Monnet
Jean-Louis Florentz & Thomas Monnet

Jean-Louis Florentz & Thomas Monnet

Publié par Omer Corlaix à 17:26pm - Voir le commentaire ()

11 Septembre 2014

Bruno Capelle, à l’écoute de l’ « inframince ».

Bruno Cappelle, Douze variations autour d’elle. Motus M314018, P 2014

Le deuxième cd que nous propose Motus est une monographie de Bruno Capelle. Deux œuvres sont présentes Douze douces variations autour d’elle et Du froid partout… La première, Douze douces variations autour d’elle,  est portée par une scansion obsédante troublée par quelques accords d’un piano enregistré. L’art de la registration enveloppe le son, lui donne une chaire, une pesanteur juste effleurée.  La seconde œuvre, Du froid partout… évoque Crippled symmetry de Morton Feldman mais aussi la musique de Claire Renard.  C’est une musique de l’ « inframince » pour reprendre un concept développé par Marcel Duchamp. La ténuité du son, est poussée à ses extrêmes. La musique de Bruno Capelle nous mène vers un autre mode d’écoute, une écoute aux limites de l’imperceptible.  

Publié par Omer Corlaix à 15:14pm - Voir le commentaire ()

11 Septembre 2014

La soprano albanaise Ermonela Jaho électrise la Traviata à l’Opéra de Paris.

On ne va pas à l'opéra pour voir une mise en scène mais pour écouter des voix, la mise en scène et le décor sont des obligations factuelles que l'on accepte comme le design intérieur de nos amis. Si nous avions encore un doute, Benoît Jacquot et son décorateur Sylvain Chauvelot lèvent cette hypothèque. Au premier acte trône sur la scène un grand lit à baldaquin laid mais assez large pour contenir Blanche-Neige et les sept nains. Il n’a pas l’élégance du lit de la Païva. Allons à l’essentiel, si certes le jeu de la soprano albanaise Ermonela Jaho est excessivement mélodramatique son chant attire immédiatement notre attention. Les signes de la phtisie font déjà sentir leur œuvre de mort mais le grand air de folie amoureuse É strano ! É strano ! in core qui conclut le premier acte reste indemne pour notre plus grand plaisir. C’est un adieu de Verdi à l’aria da capo mais c’est aussi l’émergence sur la scène lyrique de l’aria mélodramatique. Progressivement, la voix de la Traviata va s’abîmer pour ne devenir  plus qu’un râle, un essoufflement.  Nous faisons nôtre, la conclusion du compositeur Karol Beffa qu’il donne à son article, La Traviata : signes, ellipses, allusions. : « Il apparaît, pour peu qu’on y prenne garde, sous son vrai nom de compositeur : celui qui tyrannise l’action  et la psychologie pour faire émerger des affects, des cris, des brisures d’âme autrement féconds musicalement  - et c’est cela, bien entendu, et rien d’autre, qui finalement nous importe. »

La traviatta, le grand lit avec Olympia de Manet, le lit de la Païva et la soprano Ermonela Jaho La traviatta, le grand lit avec Olympia de Manet, le lit de la Païva et la soprano Ermonela Jaho
La traviatta, le grand lit avec Olympia de Manet, le lit de la Païva et la soprano Ermonela Jaho

La traviatta, le grand lit avec Olympia de Manet, le lit de la Païva et la soprano Ermonela Jaho

Publié par Omer Corlaix à 08:03am - Voir le commentaire ()

10 Septembre 2014

Alex Ross est à l'écoute de la saturation

Alex Ross est à l'écoute de la saturation
Scratch data, Raphael Cendo: http://t.co/QjnILRFYA6 via @YouTube

Montage of studio audio version on concert video of the piece "Scratch Data" by Raphael Cendo. Percussion: Tom De Cock Soundengineer: Tom Philip Krause Editing:: Marietta Ehret/ Tom Philip Krause Recording Engineers: Tom Philip Krause/ Christoph Bley

Publié par Omer Corlaix à 18:22pm - Voir le commentaire ()

10 Septembre 2014

Nord & Sud. La passion amoureuse de la poètesse Elizabeth Bishop pour Lota.

Reaching for the moon du réalisateur Bruno Barreto. Mirando Otto (Elizabeth Bishop) et Gloria Pires (Lota)

Voir le poète Robert Lowell critiquer un poème Elizabeth Bishop  dans Central Parc, est magique pour qui a découvert leurs poèmes via la musique d’Elliott Carter. Du premier, il mit en musique en 1981,  In Sleep, in thender, le tour de la seconde vint en 1975 avec A Miroir on which to Dwell, soit quatre ans avant la disparition de la poétesse, en 1979.  Elle est née en 1911,  elle est de la même génération  que Carter (1908- 2012) alors que Robert Lowell est son cadet de de six ans. Paradoxalement, Reaching for the Moon le film de Bruno Barreto nous suggère l’inverse. Il eut une première fois le Pulitzer, en 1947  alors qu’Elisabeth Bishop fut lauréate du Pulitzer poésie qu’en 1956 avec son recueil Nord & Sud, soit neuf après lui. Heureux pays  qui honore ses poètes. Lowell, lors de leur rencontre à 30 ans, il est déjà un poète reconnu. Lowell occupe une place importante de le monde des lettres américaines ainsi on a une autre scène du film où on voit  Elizabeth Bishop lire Life studies. Le film Bruno Barreto est un bio pic évoquant principalement la relation amoureuse entre Elizabeth Bishop et l’architecte brésilienne Lota de Macedo Soares dont l’œuvre principal est le parc Flamengo à Rio de Janeiro. Leur relation dura seize ans d’années, de leur première rencontre au Brésil en 1951 au suicide à New York de Lota Soares en 1967. Le film de Bruno Barreto est habité par les  peintures d’Edward Hopper où dominent le vert et le jaune mais la musique qui l’accompagne n’a malheureusement pas à la même hauteur de vue. Le scénario est bien charpenté avec une vrai tension dramatique, soutenue par les deux actrices remarquables, Mirando Otto dans le rôle Elizabeth Bishop et Gloria Pires dans celui de Lota.

Les éditions Circé ont publié plusieurs recueils bilingues d’Elizabeth Bishop : Une folie ordinaireGéographie IIINord & Sud et  Un printemps froid. Les éditions Circé ont en projet une édition complète de sa poésie.

Elliott Carter: Three Poems de Robert Frost, Mirror In Which To Dwell de Elizabeth Bishop, Syringa de John Ashberry /In Sleep, In Thunder de Robert Lowell par Speculum Musicae Ensemble. Label Bridge, 1993

Le nouveau Latina, 20 rue du Temple, Paris, VO st Fr  ‎16:00‎  ‎18:00‎  ‎20:00‎  ‎22:00‎

Robert Lowell et Elizabeth Bishop
Robert Lowell et Elizabeth Bishop
Robert Lowell et Elizabeth Bishop

Robert Lowell et Elizabeth Bishop

Reaching for the moon du réalisateur Bruno Barreto

Publié par Omer Corlaix à 17:47pm - Voir le commentaire ()

9 Septembre 2014

Saison 2, le capital à l’œuvre. Sommes-nous joués ? "Le capital et son singe" à La Colline

Le capital et son singe à partir du texte Le Capital de Karl Marx mise en scène Sylvain Creuzevault coproduite par le Festival d’Automne et  La Colline, Théâtre national. La pièce se joue jusqu’au 12 octobre.

La pièce commence par un long monologue nous expliquant ce qu’est une allemande, une tirade distanciée, façon Brecht. Puis nous entrons dans le vif du sujet, les évènements de mai 1848 qui virent la chute du gouvernement Lamartine. Trois mois après la Révolution de février 1848, le Parlement sorti des urnes en avril est dominé par les Républicains modérés et les légitimistes, les socialistes sont moins d’une centaine. Nous sommes dans un club de socialistes réunissant Raspail, Louis Blanc, Ledru-Rollin, l’ouvrier Albert, et August Blanqui ainsi que d’autres figures inattendues comme Engels. La place des Ateliers nationaux dans l’économie vont être le détonateur d’un conflit majeur entre les socialistes et les Républicains modérés. Le Livre I du Capital est la figure centrale du spectacle, plus particulièrement la définition de la valeur d’usage opposée à la valeur d’échange. Ce débat aboutira à un dialogue contradictoire et intense entre deux entités, deux personnages fictifs, « Le Tissu » et « L’Habit », sur la mesure de la valeur. La pièce se déplace subrepticement dans le Berlin révolutionnaire durant la semaine sanglante de janvier 1919, qui vit l’écrasement des spartakistes par les sociaux-démocrates et l’assassinat de Rosa Luxembourg. Cette partie de la pièce est un miroir déformant de la Révolution de 1848. La pièce se termine sur le procès de Bourges de mars 1849,  sous la présidence de Louis Napoléon, lequel aboutit à la condamnation à de lourdes peines de prison des « meneurs » de la journée du 15 mai 1848.

Le capital et son singe est en résonance avec l’actualité française qui vit l’éviction lundi 25 août, d’Arnaud Montebourg, Ministre de l’économie du gouvernement d’Emmanuel Valls, puis deux jours plus tard la standing ovation faite au discours de ce dernier par les représentants du Medef réunis à Jouy-en-Josas. De plus, le supplément du Monde daté du 5 septembre, consacré au Festival d’Automne, titrait « Classe contre classe » en surimpression d’un portrait en pleine page à la façon « Groucho Marx ». Parallèlement, la sortie jeudi dernier, du livre de l’ancienne compagne du Président Hollande où celui-ci exprime son aversion soi-disant pour les pauvres qu’il qualifierait de « sans-dents ».

Les spectateurs sont divisés en deux groupes se faisant face. Dans l’entre-deux se trouvent la scène de plain-pied. Des tables scolaires forment un rectangle sur toute la longueur de la scène autour desquelles  les membres d’un club politique débattent de la situation mais on peut aussi y voir des comédiens réunis pour un « travail à la table », pour une lecture de déchiffrage du texte. Celui-ci est constitué de nombreuses citations extraites de livres ayant été recousues pour l’occasion. Malheureusement, la prononciation défaillante de certains acteurs ajoute une difficulté à la bonne compréhension d’un texte exigeant une écoute tendue du spectateur. Indéniablement, il y a de la part des acteurs une grande maitrise des concepts marxistes évoqués, parfois même tournés en dérision comme le magistral duo entre le « Tissu » et l’ «Habit » qui restera dans les annales théâtrales.

Paradoxalement, le pensée économique transmise dans cette pièce est d’un autre âge, et a peu de prise sur la réalité économique que nous connaissons. Par exemple, il est probable que la théorie des coûts de transaction de Ronald Coase - Prix Nobel d’économie, décédé en septembre 2013 - a plus de conséquences sur le quotidien de nos contemporains que la théorie de la valeur travail de Marx. Cette proposition théâtrale ne détrône aucunement la place qu’occupe dans notre esprit, le chef-d’œuvre de Michel Vinaver, Par-dessus bord. Pièce écrite à la fin des années soixante, c’est-à-dire à des années-lumière de notre crise.

A voir  :Michel Vinaver, Par-dessus bord dans la mise en scène de Christian Schiaretti. DVD. TNP Villeurbanne

Le capital et son singeLe capital et son singe

Le capital et son singe

Publié par Omer Corlaix à 17:09pm - Voir le commentaire ()