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Musiques contemporaines XX & XXI

Musiques contemporaines XX & XXI

Chroniques de concerts,de festivals, d'événements, de livres, de disques et de DVD.

29 Septembre 2014

Office des morts à l’Opéra du Rhin, Quai Ouest de Régis Campo a été très bien accueilli par le public strasbourgeois.

Samedi 27 septembre à l'Opéra national du Rhin à Strasbourg, prochaine représentation le 30octobre à Strasbourg, l'Opéra du Rhin et le 10 octobre à la Filature de Mulhouse

Régis Campo, Quai ouest. Orchestre symphonique de Mulhouse sous le direction de Marcus Bosch ; mise en scène Kristian Frédric ; décors Bruno de Lavenière ; costumes Gabriele Heimann ; lumières Nicolas Descoteaux

Quai ouest est une commande de l'Opéra national du Rhin et du Staatstheater Nürnberg

Si vous attendez une réponse à la vie, Quai Ouest n’est pas pour vous. Maurice Koch va avec sa secrétaire Monique Pons dans un lieu improbable à la lisière de la ville « au bord d’un fleuve, là où on prend le ferry. ». Le hangar est occupé par une tribu étrange. Il y a Charles, l’homme des « basses œuvres », un trafiquant de mort, et Abad son partenaire, un afro-américain, l’homme des « hautes œuvres », discret, efface et muet. Le premier à une sœur Claire convoitée par une petite frappe, Fak. Ils ont une mère, une indienne, Cécile et un père, Rodolf peu intéressé par la filiation. Maurice Kock vient acheter sa mort. Il se défait de toutes ses affaires que la petite famille va se partager. Charles semble être le caïd, l’instance régulatrice de ce petit monde. Ils souhaiteraient tous partir mais l’aimant qui les retient ensemble plus fort. On tourne en rond, mais la mort rode. Maurice est tué par Abad. Celui-ci à la fin tue Charles qui voulait partir, rompre avec la mort. La dramaturgie est efficace, limpide, c’est un « office des ténèbres » dans un lieu de fin de vie. Quai Ouest était un lieu de drague des homosexuels new-yorkais où probablement Bernard-Marie Koltès a contracté le virus du Sida. La musique se fait ample au début, avec des gammes descendantes et des ostinatos colorés figurant un ciel embrasé juste avant la nuit tombante sur Hudson River. Progressivement elle devient nocturne quasi silencieuse, parfois même murmurante. Elle est à la limite de l’effacement, comme la petite musique qui accompagne le film, Mulholland Drive, de David Lynch. On comprend toutes les paroles des chanteurs, la prosodie est au service de la dramaturgie et de la musique. La dimension « théâtre de boulevard » que souhaitait voir dans son théâtre, Bernard-Marie Koltès, et dont se méfiait Patrice Chéreau, trouve en Régis Campo son traducteur efficace. Ce « mauvais goût », Régis Campo va l’introduire habilement dans sa musique en détournant les vocalités de la comédie musicale à la française ou américaine. Il flirte ainsi à la limite de celui-ci dans les airs de Fak mais comme ils sont si finement orchestrés, le contreténor Fabrice di Falco en déjoue les pièges. La guitare électrique est son double, elle s’inscrit exactement dans l’orchestration, elle ne donne jamais l’impression d’être une pièce rapportée. Chaque personnage est bien caractérisé. Maurice interprété par le baryton-basse, Paul Gay est d’une crédibilité époustouflante. Mireille Delunsh, se lâche, elle est Monique Pons, elle voudrait bien que cette « connerie » s’arrête avant de mal tourner ! « Adieu, Morrico », le grand air final du ténor Julien Behr, l’interprète de Charles, n’aurait pas déplu dans sa progression dramatique au Chevalier Glück. De même, l’étrange et envoûtant « cante jondo » de Cécile, interprétée par la mezzo-soprano Marie-Ange Todorovitch est d’une intensité bouleversante. Il vient juste avant le grand septuor opératique où tous les personnages du drame se retrouvent, un moment ensemble avant le dénouement. Il y a également, le magnifique trio des femmes, fausse citation du Chevalier à la Rose de Richard Strauss.

L’opéra reste un genre bizarre, il les phagocyte tous, il se pourrait bien qu’il est le mauvais goût par excellence. La mise en scène de Kristian Frédric est efficace, elle est au service des acteurs et des voix. La chimère sonore, entre corne de brume et sirène de bateau, vient ponctuer habilement les changements de scène, comme une horloge fatidique, que le scénographe Bruno de Lavenère et Nicolas Descoteaux aux lumières rythment intelligemment de scène en scène. L'Orchestre symphonique de Mulhouse et le Chœur de l'Opéra national du Rhin sous la direction de Marcus Bosch ont maîtrisé de bout en bout ce « nocturne orchestral ».

L’action de grâce que chante le chœur final, « In God we trust » évoque certes la devise frappée sur le dollar mais il est immédiatement contredit par un « do we ». Est-ce une fin heureuse, un lieto fine, comme dirait les spécialistes du belcanto ou tout un simple pied-nez au monde.

cop. Alain Kaiser
cop. Alain Kaiser

cop. Alain Kaiser

Publié par Omer Corlaix à 18:28pm - Voir le commentaire ()

29 Septembre 2014

Magnus Lindberg et Philippe Manoury ouvrent Musica avec deux œuvres spacialisées

Vendredi 26 septembre 2014 au Palais de la musique et des congrès, Salle Érasme.Concert inaugural de Festival Musica 

Magnius lindberg, Kraft par l'Ensemble Modern et SWR Sinfonieorchester Baden-Baden und Freiburg dir. Pablo Rus Broseta

Philippe Manoury, In situ par SWR Sinfonieorchester Baden-Baden und Freiburg dir. Pablo Rus Broseta

Sans les knacks, le festival Musica ne serait plus Musica… C’est le grand moment de convivialité qui vient après le concert « inaugural » du festival. Cette année point de discours des officiels et personne ne s’en plaindra. L’orchestre symphonique de Baden-Baden / Freiburg et l’Ensemble Modern seront les acteurs de ce concert. Acteur, est peut-être bien la bonne expression car les musiciens ne vont pas rester en place. La spatialisation fut le maître mot de cette soirée, deux œuvres emblématiques, Kraft de Magnus Lindberg (*1958) et In situ de Philippe Manoury (*1952). Les deux œuvres ont une durée comparable, une demi-heure. On est en présdence de deux conceptions de de la spatialisation. Kraft porte bien son nom, puissance, les décibels explosent. L'œuvre a été composée entre 1984  et 1985. Á cette époque-là, Lindberg vivait entre Paris, Berlin et Helsinsky. Il n'avait pas encore la trentaine. C’est aussi les années de jeunesse de l’ensemble Avanti ! Un an avant il avait composé Action-Situation-Signification, œuvre  aux allures de manifeste. En 1985, Il compose Ur avec la technologie de l’Ircam, œuvre qui fut régulièrement interprétée dans les festivals d’avant-garde. Tout est possible, c’est le début des années quatre-vingt, avant que le Sida décime les milieux underground étatsuniens et européens. La percussion de Kraft a été récupérée chez des brocanteurs. Elle est faite de bric et de broc. Il y a un côté dadaïste. Une esthétique fruste à l’opposé à la tradition policée de l’orchestre symphonique. Ils sont quatre solistes hyperactifs. Ils vont et viennent de l'orchestre à l'Ensemble Modern. Il y a une clarinettiste, Nina Janßen-Deinzer avec ses clarinettes, un pianiste, Ueli Wiger, cerné  de claviers, deux percussionnistes, Rumi Ogawa et Rainer Römer, enveloppés d’instrumentents divers, et variés, et une violoncelliste, Eva Böcker, musicienne polyvalente. Ils sont face à un orchestre symphonique par cinq. La forme est relativement simplement. L’œuvre s’ouvre sur un coup de Tam-tam puis l’orchestre entre en action par un puissant cluster  puis progressivement l’orchestre s’individualise et les solistes amplifiés émergent de la masse orchestrale. Á cette séquence, succède une partie plus calme, dominée par les quatre solistes qui vont de la scène à la salle, et vis-et-versa. La troisième section reprend en miroir la première section, celle-ci se concluant sur un coup de Tam-tam. La dernière partie évolue vers une sonorité spectrale. Le modèle me semble fortement influencé par l’ouverture Die Soldaten du compositeur Bernd Aloïs Zimmermann. Nous ne sommes pas confrontés à un espace unifié mais à un environnement chaotique. La transgression scène-salle semble plus importante que l'unification musicale de l’espace. In situ de Philippe Manoury évolue au contraire dans un espace isomorphe tant pour l’auditeur que pour  les interprètes. Le « moment form » de Stockhausen est récurrent à son œuvre. L’orchestre enveloppe les auditeurs par les ailes. D’emblée, par un son percussif et mobile, Philippe Manoury nous donne à entendre l’espace sonore dans sa globalité. Son orchestration est beaucoup plus aérienne que dans ses œuvres frontales pour orchestre. On est étonné par la fluidité sonore de l'œuvre, la rapprochant ainsi des possibilités de la musique électroacoustique. Il pose différemment la question de la forme que Magnus Lindberg, elle semble sortir tout droit d'une imprimante 3D. Saluons. La performance  musicale de Orchestre de Baden-Baden / Freibourg sous la direction très aguerrie du son jeune chef Pablo Rus Broseta fut essentielle à la réussite cette soirée d'ouverture.

Kraft de Magnus Lindberg, cop. Jean Guillaume Chauvin

Kraft de Magnus Lindberg, cop. Jean Guillaume Chauvin

Publié par Omer Corlaix à 11:04am - Voir le commentaire ()

26 Septembre 2014

Au détour du chemin, l’incandescence prend forme. Heiner Goebbels et Hugues Dufourt illuminent Musica.

Jeudi 25 septembre ouverture du Festival Musica à Strasbourg

Heiner Goebbels, Stifter Dinge au Théâtre Hautepierre  à 18 h 30

Hugues Dufourt, Burning bright par l'Ensemble les Percussions de Strasbourg au TNS à 20 h 30

Sifter Dinges de Heiner Goebbels n’a pas pris une ride, sept ans plus tard la magie reste intacte. L’œuvre commence alors que l’équipe technique du théâtre finit l’installation du dispositif. Des sonorités menaçantes enveloppent la salle, le noir se fait, une voix d’outre-monde s’adresse à nous.  Est-ce Adalbert Stifter ? Au « détour d’un chemin » apparait une chose énigmatique, laissée en suspend. La voix de l’ethnologue Claude Lévi-Strauss surgis, elle évoque un monde sans secret, un monde sans terre vierge, un monde où l’aventure n’aurait plus sens. Un musique au piano mécanique, très « gouldienne » venant d’un temps lointain, mais toujours ces sonorités électroniques obsédantes. La machine, la bête, la chose, se rapproche des spectateurs puis se retire laissant un lac gargouillant, digne de l’Enfer de Dante, puis la mort. Cette installation sonore finira très certainement ses jours dans un musée d’art contemporain. Elle a la puissance des sculptures machiniques et musicales de Jean Tinguely. L’œuvre est dans la filiation du film expérimental le Ballet mécanique de Dudley Murphy et Fernand Léger à partir de la musique de George Antheil.

Un autre spectacle nous attend, on ne pouvait donc pas trainer trop longtemps dans le quartier Hautepierre en pleine rénovation illustrant, on ne peut mieux, la tristesse urbaine où le chômage fait des ravages dans les familles. À deux pas du théâtre, véritable caverne d’Ali Baba, le centre commercial lumineux et bien achalandé sous la haute surveillance des « debout-payés » faisait contraste avec l’anonymat extérieur. Manifestement, le réel résiste aux politiques.

Donc, retour au centre ville de Strasbourg, au TNS, pour la création Burning bright d’Hugues Dufourt. C’est sa deuxième œuvre pour les Percussions de Strasbourg après son premier chef-d’œuvre, Erewhon, composé il y a presque quarante ans. Du poème de William Blake, Hughes Dufourt a supprimé le point d’exclamation final du vers, « Tyger, Tyger, burning bright ! »  Il retient la traduction d’Alain Sueid, « Tigre, Tigre ! ton éclair luit ». On est en présence de vers de sept pieds. On peut faire siens les propos de Jacqueline Risset, récemment disparu au sujet de sa traduction de la trilogie dantesque : « Quand on traduit, on casse le lien entre le signifiant et le signifié. » Alain Sueid a cherché à reconstruire en français, la chaîne « signifiant-signifié » du poème pour échapper à cette « trop grande violence » que la poétesse stigmatisait. De même, Hughes Dufourt échappe à cette violence, sa musique est construite dans un respect absolu de poème de William Blake. Il y a la recherche d’une équivalence formelle entre le vers et la phrase musicale. Les accords musicaux s’accordent avec la répétition du phonème « right » présent dans « bright », « eyes », « fire »… Cette répétition de la même famille harmonique fait l’unité de l’œuvre. La structure sous-jacente du poème est respectée à la lettre. Certes, « effrayante symétrie », pour reprendre les derniers mots du poème mais Hughes Dufourt l’habille d’une parure sonore incandescente. Dans cette œuvre, Hughes Dufourt tourne le dos à l’ « entropie comme principe libérateur » souvent associée à la percussion mais aussi à la Révolution française dont William Blake fut le thuriféraire face aux critiques de son contemporain Edmund Burke. Pour Hugues Dufourt, l’œuvre musicale doit s’inscrire dans l’utopie du présent, elle est un acte philosophique donc éminemment politique. Les reflets jaunes des lumières sur les métaux des percussions participent également à la dimension performative de l’œuvre.  

 Concert Percussions de Strasbourg cop. G. Chauvin

Concert Percussions de Strasbourg cop. G. Chauvin

Publié par Omer Corlaix à 15:49pm - Voir le commentaire ()

24 Septembre 2014

Dans les entrailles de la voix avec la compositrice norvégienne Maja S. K. Ratkje

Mardi 23 septembre, Cité de la musique

Nina Šenk, Iris, création mondiale, commande de l’Intercontemporain ; Maja S. K. Ratkje, Concerto for Voice ; Gustav Mahler, Das Lied von der Erde

Ensemble Intercontemporain sous la direction Matthias Pintscher

Enfin, c’est la rentrée musicale contemporaine. Tout bien tout honneur, l’Intercontemporain au complet et son directeur musical Matthias Pintscher. Si le ban et l’arrière ban est présent, le public lui traine encore les pieds pour venir, une petite salle mais un bon parterre. Deux œuvres par deux femmes compositrices en première partie. La première œuvre Iris de la compositrice slovène Nina Šenk (*1982) est un concerto pour alto et ensemble. Le titre fait référence à un conte éponyme d’Hermann Hesse extrait de son recueil les Contes merveilleux. C’est une commande de l’EIC et elle est dédicacée à son interprète Odile Auboin. Le déroulé musicale est cohérent avec la notice programme de la compositrice. L’alto semble traverser des zones sonores plus ou moins agités, plutôt moins que plus pour dire la vérité. Le chant de l’alto domine de bout en bout de l’œuvre. De courtes séquences évoquent la cadence traditionnelle du concerto. Point d’affrontement entre le soliste et la collectivité instrumental, on traverse souvent des zones dépressives ou extatiques. L’écriture musicale est dans la filiation du sérialisme libre de Hans Werner Henze, l’écriture m’a semblée de bonne facture mais sans véritable caractère, du bel ouvrage, une musique sans anicroche. Il est à noter que l’œuvre a débuté par une courte vidéo silencieuse montrant un pinceau traçant une ligne bleue outremer sur une table puis celle-ci devenant progressivement une masse mouvante de pigments colorés. Celle-ci était projetée sur un demi-écran pendouillant au-dessus des musiciens. La seconde œuvre au programme était également introduite par une vidéo qui avait pour fonction d’occuper notre temps de cerveau disponible durant le changement de plateau. C’était la bande d’annonce ou un extrait d’un film, Sculpting sound, dont la compositrice norvégienne Maja S. K. Ratkje (*1973) a composé la musique. Celui-ci devrait sortir en 2015. Adieu, le côté Björk de la voix nordique ! Le Concerto for Voice (moods IIIb) n’est pas à proprement dit un concerto pour voix chanté. Maja S. K. Ratkje en est l’interprète, la performeuse. Sa voix est amplifiée, c’est un concerto pour voix « microphiée ». Raclements de gorge, borborygmes de tout type, sifflets… Les oubliées de la voix ont la parole.  L’ensemble est au complet auquel s’adjoignent un accordéoniste et une machine à écrire amplifiée. Finis, les minauderies précédentes, la musique est rude et carnavalesque mais aussi bouffonne et espiègle. Ses textures orchestrales semblent proches du spectralisme d’un Louis Andriessen qui fut son professeur. On a eu droit à un surprenant duo pour voix et machine à écrire. Le duo final où la flûte piccolo et le sifflement de la voix se superposent dans un chant apaisé. Il est à noter qu’elle est passée par l’Ircam en 1999 pour s’initier au temps réel,  manifestement elle a une longue pratique de la musique électroacoustique. Á ce « chant des entrailles de la terre »  succède après l’entracte le Das Lied von der Erde de Gustav Mahler dans une transcription récente de Glen Cortese renouvelant ainsi notre écoute formatée par la version d’Arnold Schoenberg.  Il y a des mixtures plus modernes comme par exemple les instruments à vent dans le final. Si les deux solistes vocaux m’ont laissé sur ma faim, les musiciens de l’ensemble, et plus précisément, les unissons des deux premiers violons avaient une couleur rarement entendue. Pour conclure, un mot sur le rythme du concert, il y avait une œuvre de trop. Si on avait commencé par Le Chant de la terre et fini avec Concerto for Voice de Maja S. K. Ratkje, le concert aurait été d’une plus grande efficacité musicale, le choc d’autant plus fort, et notre plaisir d’autant plus émoustillé.

Dans les entrailles de la voix  avec la compositrice norvégienne Maja S. K. Ratkje

Publié par Omer Corlaix à 11:49am - Voir le commentaire ()

24 Septembre 2014

Radio : le clasico du classique

L'âge médian de France musique serait passé de 64 à 65 ans, le curseur se déplace à droite. (Libé du 25/09).
http://t.co/76izqZ0GWX

Publié par Omer Corlaix à 10:00am - Voir le commentaire ()

22 Septembre 2014

L'Abbaye Royaumont célèbre son patrimoine musical et architectural - Musiques contemporaines XX...

Publié par Omer Corlaix à 18:01pm - Voir le commentaire ()

22 Septembre 2014

L'Abbaye Royaumont célèbre son patrimoine musical et architectural

L’Abbaye cistercienne de Royaumont a été construite entre 1228 et 1235 sous le règne de Louis IX plus connu sous le diminutif de saint Louis dont on fête cette année le huit centièmes anniversaires. Le programme proposé musical ce week-end du Patrimoine était en parfaite harmonie avec le jubilé de la Fondation de Royaumont.

Samedi 20 septembre, La redécouverte de la musique du Moyen Âge.

17 h 30 : polyphonies parisiennes XIIIème et Office de Saint Louis par l'Ensemble Dialogos

20 h 30 : Musiques du moyen Âge ; de l'antiquité tardive à la Renaissance. Les extrêmes

22 h 30 La voix des songes par l'Ensemble Organum

Peut-on imaginer Royaumont fêtant les cinquante ans de sa fondation sans la présence de Marcel Pérès ? Non, bien évidemment, c’est impossible ! L’Ensemble vocal Organum a été en résidence à l’Abbaye de Royaumont de 1982 à 1999. Marcel Pérès (*1956) fonda également le Centre européen de recherches sur les musiques médiévales (CERIMM) dont les colloques et les travaux publiés par la Fondation devinrent pour les chercheurs et les mélomanes des références musicologiques sur les origines du chant sacré chrétien. Les deux concerts du soir donnés dans le Réfectoire des moines dressèrent un portait des recherches des musicales menées à l’Abbaye de Royaumont. Marcel Pérès s’est principalement intéressé aux traditions orales de la Méditerranée confinées dans des îles à l’écart des grands bouleversements du monde moderne. Il a également exploré les sources des musiques paléochrétiennes, ainsi nous entendions en ouverture du concert, l’hymne O tin to Stravon – O quando in cruce qui appartient à la tradition du chant Bénéventain du IVe siècle, un des plus anciens témoignages de psalmodie liturgique. Cette tradition ancestrale italienne est fortement influencée par le chant byzantin. Bien évidemment on n’est pas encore dans notre civilisation musical au tempérament égal qui n’émergea qu’à l’âge Baroque. Les voix ont un spectre plus large, les registres vocaux sont moins définis. L’hymne suivant, Statuit et Domine extrait du chant vieux-romain a été au centre cœur des polémiques qui surgirent dans les années quatre-vingt sur les sources du chant chrétien. Les travaux de Marcel Pérés viennent dans la foulée du Concile de Vatican II réévaluant les apports des églises primitives qui se perpétuèrent jusqu'à aujourd'hui dans les Églises d’Orient. Un chant Mozarade, ancien chant des chrétiens de Tolède et un chant Samaa marocain de tradition Soufi mis en vis-à-vis, - interprétés par Ahmed Safer -, permettaient à l'auditeur de mesurer la capillarité entre les deux traditions, chrétiennes et musulmanes. Parallèlement, des parties de la Messe des morts d’Antonius Divitis (c. 1470-c. 1530) venaient ponctuer ce parcours musical. Antonius Divitis, musicien né à Louvain, fut chantre à la Chapelle de la reine d’Espagne, Jeanne de Castille puis rejoignit la cour d’Anne de Bretagne et la Chapelle royale de François 1er. La polyphonie franco-flamant dont il est un des éminents représentants, imprima sa marque sur la musique religieuse des cours européennes. Elle fit la transition entre le monde médiéval à la Renaissance. Elle fut contemporaine du gothique flamboyant. Les murs porteurs et l’ogive libérèrent les cathédrales des pesants du bâti, celles-ci s’élancèrent vers le ciel, s’ouvrirent à la lumière et à la polychromie.

En prélude à cette soirée, à 17 h 30 dans le même lieu, l’ensemble Dialogos sous la direction Katarina Livljanic proposait un programme de polyphonies parisiennes contemporaines du règne de Saint Louis profitant ainsi des célébrations du huit centièmes anniversaires de sa naissance. Katarina Livljanic et son ensemble nous firent entendre des extraits de l’Office de Saint Louis. Katarina Livljanic usa des qualités acoustiques du Réfectoire des moines pour déployer les voix cristallines de son ensemble dans l’espace. Nous étions le temps d’un concert à la Sainte-Chapelle, qui l’eût cru en ce week-end du Patrimoine que le miracle se produirait ! Dialogos terminait en majesté ses quatre années de résidence à l’Abbaye de Royaumont dont le film Judith restera dans les annales de l’Abbaye.

L'Abbaye Royaumont célèbre son patrimoine musical et architectural L'Abbaye Royaumont célèbre son patrimoine musical et architectural

Publié par Omer Corlaix à 17:08pm - Voir le commentaire ()

19 Septembre 2014

Au Théâtre de la Ville : Mère courage ou le chant du signe

Les acteurs du Berliner Ensemble est pour une dizaine de jour au Théâtre de la Ville, du 17 au 26 sptembre avec Mère Courage et ses enfants de Bertholt Brecht dans une mise en scène de Claus Peymann créée en 2005. L'œuvre reprise en 1949 à Berlin Est en pleine Guerre froide par Helene Weigel. L'œuvre fut présenté au Théâtre des nations en 1954 et il eut un grand retentissement. Dans la note programme du Théâtre de la Ville, Michel Bataillon écrit au sujet de cette représentation de 1954 : « Tout était signe. Et tous les signes formaient faisceau pour raconter l’histoire et les contradictions ».

Jeudi soir, tous les acteurs viennent saluer à la fin du spectacle sauf la roulote de Mère Courage qui a quitté la scène pour rejoindre le monde de l’accessoire, et pourtant, elle tient la scène jusqu’au bout. Celle-ci est proche de Kattrin, la fille muette de Mère Courage qui est condamnée aux grognements ou autres aux borborygmes. Kattrin prendra sa revanche à la fin avec son tambour alertant la ville menacée d’un génocide par les troupes plonaises. Si Mère courage avait été présente à ce moment, l'aurait-elle laissée faire ? On peut en douter ! Le courage de Mère courage n'est celui que défend la philosophe Cynthia Fleury dans son essai, La fin du courage : La reconquête d'une vertu démocratique. La scène, une piste de cirque mais également une cible. Elle est vide, meublée seulement par la présence de la carriole. Le silence de celle-ci fait contraste avec Mére courage qui parle, et qui parle à n’en plus finir... Elle est sur tous les fronts de la parole pour maintenir en vie sa petite famille monoparentale. Chacun de ses enfants à un nom différent qui n'est pas celui du géniteur présumé mais de l’homme du moment. L’action se déroule pendant la Guerre de Trente ans qui opposa prostestants aux catholiques. Les catholiques sont figurés sur leurs visages par une croix rouge sur fond blanc tandis que les luthériens ont une croix noir sur fond blanc.

Contrairement à Antigone qui non au pouvoir, Mère courage ne dit, ni oui ni non, elle scrute, elle essaie de saisir le rapport de force. Elle évalue. Elle précise ainsi son opinion du monde : « La vénalité est à l’homme ce que la charité à Dieu ». Elle sépare bien le monde profane du monde sacré, seul le premier nous est accessible à l'humain. Le courage des « sans-dents », c'est de survivre au chaos du monde  Elle sépare bien le monde des vivants de celui des morts, le premier est accessible, le second est à éviter. Devant l’adversité, elle ne s’effondre pas. Carmen-Maja Antoni déploie une énergie époustouflante pendant toute la soirée. La Kattrin de Karla Sengteller est humaine au-delà du sacrifice, c'est elle Antigone. Elle veille, elle comprend mais c’est une pythie muette. De même, le duo du pasteur et du cuisinier, semble parfaitement rodé, d'un opportunisme sans faille, le versant « classe moyenne » de l'humanité. La mise en scène de Claus Peymann est d’une sobriété implacable, rien ne vient perturber l’écoute du spectateur. Il y a un côté clinique mais quelle leçon pouvons-nous tirer de cette fable aujourd'hui ? Le pessimisme de Brecht est beaucoup plus visible qu'il ne l'était en son temps.

Le 19 et 23 septembre à 20 h 30 au Théâtre de la Ville par le berliner Enesmble, un spectacle chanté par l'acteur Manfred Karge à partir de songs de Bertolt Brecht, Et le requin, il a des dents...

Au Théâtre de la Ville : Mère courage ou le chant du signe
Au Théâtre de la Ville : Mère courage ou le chant du signe
Au Théâtre de la Ville : Mère courage ou le chant du signe

Publié par Omer Corlaix à 16:19pm - Voir le commentaire ()

19 Septembre 2014

Toshio Hosokawa, La voie des fleurs

Deux disques du compositeur japonais  sont dans les bacs Silent flowers, par le Quatuor Arditti pour le label Wergo et le premier volume des œuvres pour orchestre chez Naxos.

Toshio Hosokawa, Silent flowers, par le Quatuor Arditti. Wergo (WER 6761 2). P 2014    

Le premier disque, Silent flowers de Toshio Hosokawa, édité par Wergo, est un hommage à son grand-père qui fut un maître dans l’art d’agencer un bouquet de fleurs, l’ikebana. Cet art propre à la civilisation japonaise, il est à mettre en parallèle avec la « cérémonie de thé ». Ce disque rassemble sa musique pour quatuor à cordes et c'est le Quatuor Arditti qui mène la danse. Le disque sort dans le cadre des quarante ans de création du quatuor. Il y a une vraie affinité entre eux et lui.

Si Toshio Hosokawa a été initié à la composition musicale occidentale par le compositeur germano-coréen, Isang Yun (1917-1995), il est revenu progressivement aux sources de la tradition musicale japonaise, plus précisément celle du théâtre Nô. Sa musique est soit tendue comme un arc près à décocher une flèche, soit totalement relâché comme la « scordatura » d’une corde d’un violon. Le son est pour Toshio Hosokawa une énergie en perpétuelle devenir. Le silence est la matrice de son œuvre, il précise son propos dans l’excellente présentation du disque qui n'est malheureusement pas traduite en français : « Ma musique est une calligraphie de sons, ceux-ci sont peints sur le silence de la toile ».

Toshio Hosokawa, Orchestral works 1 (Moment of blossoming, Lotus under the moonlight, Chant) par Stefan Dohr, cor ; Momo Kodama, piano et Ansi Karttumen, Royal Scottish National Orchestra sous la direction de Jun Märkl. Naxos (8.573239). P 2014

Le second disque que propose le label Naxos est le premier d’une série consacrée à l’œuvre orchestrale de Toshio Hosokawa par le Royal Scottish National Orchestra sous la direction du chef Jun Märkl. Bien difficile de vous dire lequel des trois concertos va ma préférence. Les trois me semblent d’une égale importance. Le premier pour cor interprété Stefan Dohr, cor solo de la Philharmonique de Berlin, donne à cette œuvre la tension qu'il faut. Le second concerto, Lotus under the moonlight, il est interprété par la pianiste japonaise Momo Kodama.Toshio Hosokawa rend hommage à Mozart. L'aspect liquide de l'orchestre est évident, le piano se glisse dans le lotus... Et, la lune n'est pas si loin. Le troisième concerto, Chant, interprété par le violoncelliste finlandais Ansi Karttumen est mené par l'énergie foudroyante de celui-ci, l'orchestre est piqué au vif.

Toshio Hosokawa, La voie des fleurs Toshio Hosokawa, La voie des fleurs

Publié par Omer Corlaix à 15:47pm - Voir le commentaire ()

19 Septembre 2014

Matsukaze, entre opéra et mystère. Toshio Hosokawa est à l’Opéra de Lille

Opéra de Lille : Ma 30 septembre, Je 2 et Ve 3 octobre à 20h

Toshio Hosokawa, Matsukaze . Direction musicale, David Robet Coleman. Mise en scène et chorégraphie Sasha Walz

Le compositeur Toshio Hosokawa (*1955) va fêter l’an prochain ses soixante ans, c’est un peu l’âge de raison pour un compositeur quand on connaît les embûches qui vont accompagner leur vie d’artiste. Après les Bouffes du Nord qui en février donnait un magnifique monodrame The Raven (Le Corbeau)  sur un poème d’Edgar Allan Poe pour mezzo-soprano et petit ensemble, l’Opéra de Lille ouvre sa nouvelle saison musicale avec un opéra de Toshio Hosokawa, Matsukaze (Le Vent dans les pins) sur un livret de Zeami, le dramaturge du théâtre Nô. Ce dernier est pour le Japon, l’équivalent  français de Jean Racine. Né dans le Japon médiéval. le Nô est un mixte d’opéra et de« mistère ». Comme tout Nô qui se respecte, c’est une histoire de revenant. Un moine bouddhiste de passage dans la Baie de Suma est en quête d’un pin sur lequel est apposé un poème évoquant le destin tragique de deux sœurs d’un pauvre pêcheur. Le Nô est également un théâtre du corps, il n’est pas rare que la scène de métamorphose soit dansée. L’opéra est mis en scène par la chorégraphe allemande Sasha Walz.

Publié par Omer Corlaix à 11:12am - Voir le commentaire ()